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The file relating to the relationship between the Hachette bookshop and François Guizot is exceptionally well supplied, and would merit publication in its own right, not so much for the six publishing contracts it contains as for the abundant correspondence that accompanies them - although this only emanates from the publisher - as well as for the precious account statements.
Lorsqu’au printemps de 1852 le quinquagénaire Louis Hachette vient présenter à Guizot un projet qu’il déclare original, il est loin d’être un inconnu pour lui. Vingt ans plus tôt, il était devenu l’un des principaux éditeurs des manuels que le ministre de l’Instruction publique Guizot faisait réaliser pour sa grande entreprise de développement de l’ensei-gnement primaire en France. Mais c’est la première fois qu’il va conclure en son nom propre. La maison Hachette, dont le siège est alors installé 14 rue Pierre-Sarrazin avant de s’étendre au 77 boulevard Saint-Germain six ans plus tard, a obtenu des compagnies de chemin de fer, moyennant une redevance de 30%, de vendre dans les gares de petits volumes formant une « Bibliothèque des Chemins de fer ». Soucieux de diversifier son offre, Hachette propose à Guizot, qui l’accepte, de « fournir quelques volumes rédigés, sinon par vous, du moins sous votre direction et avec l’indication de votre concours sur le titre.{{1}}[[1]]Lettre signée Louis Hachette du 7 juillet 1852.[[1]] » Ces ouvrages porteraient sur l’histoire d’Angleterre et des États-Unis. L’auteur a le choix entre deux modes de rémunération : soit, selon une formule traditionnelle, un forfait de 150 francs par feuille d’impression, représentant 32 pages du format in-18° retenu pour la Bibliothèque ; soit trois centimes par feuille pour chaque volume payables à la publication, 100 francs par feuille étant versés à la remise du manuscrit, « qui seraient imputés sur le produit du droit d’auteur jusqu’à due concurrence », donc une sorte d’à-valoir, assis comme toujours, il est vrai, non pas sur les ventes constatées mais sur les tirage réalisés. Un mois de négociation fut nécessaire pour parvenir à un accord, car Guizot, en demandant un droit plus élevé, défendait autant que les siens les intérêts des auteurs qu’il devait recruter et faire travailler, et aussi rémunérer. Hachette excipait, de son côté, du faible prix auquel il voulait vendre des ouvrages destinés au grand public, de la redevance aux compagnies de chemin de fer et du fait que Guizot n’était pas personnellement l’auteur, – « et l’on peut, sans toucher au mérite des collaborateurs dont vous avez fait le choix, être moins assuré du succès de leurs œuvres que du succès des vôtres{{2}}[[2]]Idem du 23 juillet 1852.[[2]] » -. Et il prit la pose de la dignité offensée face à la méfiance dont Guizot parut faire preuve à son égard : « Vous nous parlez de quelques arrangements à prendre pour constater le nombre des éditions et des exemplaires tirés. Il n’est pas un des nombreux auteurs avec lesquels nous sommes en relation qui ne se repose de ce soin sur notre loyauté.{{3}}[[3]]Ibidem.[[3]] » Enfin, on convint le 30 août 1852 des dispositions suivantes : « M. Guizot se charge de faire rédiger à ses frais et sous sa direction et de revoir douze volumes » dont les titres suivent, huit relatifs à l’histoire d’Angleterre, quatre à celle des États-Unis, principalement des biographies. Les volumes ne pourront pas dépasser six à huit feuilles d’impression, soit 192 à 256 pages. « Le titre de chaque ouvrage pourra porter ou ne pas porter le nom » de son auteur, mais y figurera obligatoirement la mention « reviewed by M. Guizot». So it was the latter's name that the publisher was buying. In the end, it cost him five centimes per printing sheet for each copy printed, i.e. 30 to 40 centimes, with a «à valoir» - the words are there now - of 100 francs per sheet when the manuscript was handed in. At least 3,000 copies of each work will be printed, representing an average royalty of around 1,000 to 1,200 francs. In addition, a double pass hand will be printed «in addition to each ream», which protects the author's interests since he is guaranteed the set print run, to «cover print run defects, copies distributed free of charge and the thirteenths that are customary in the book trade». Finally, Guizot makes it clear that the publishers «will inform him by letter of the editions that may be made and the numbers at which they should be printed».»
The terms of the negotiation and the contract are easier to understand when you know that Guizot was not on his first try. In fact, at the very beginning of 1851, a draft treaty had been drawn up between him and Napoléon Chaix, a printer since 1845 at 20 rue Bergère, and since 1849 the happy publisher of the’Railway Indicator and guides for travellers, and so are already well established in stations
. He had conceived the project of a Universal Library which, according to his prospectus, «through the most advantageous financial conditions would make available to all, and could spread among the most modest classes of society, the enlightenment of Religion, the lessons of the Moralists, the masterpieces of literature and the teachings of Science». Guizot accepted «the philosophical and literary direction of this vast undertaking». The Bibliothèque universelle, which would consist of at least 500 in-8° volumes of around 500 pages, divided into series of 100 volumes sold for no more than 1.80 francs, would be published under the name of M. Guizot. He would choose the titles, write or have written either translations or complete works, or prefaces, notes and analyses. He would receive five centimes per volume from the sales price and after collection, and not from the print run, which was a novelty. It would set up a seven-member editorial board to oversee the successful completion of selected publications. Each editor would receive five centimes for each volume sold to which he contributed, and an attendance fee of 10 francs for meetings held every fortnight. The agreement was concluded for ten years, with Guizot undertaking to supply one hundred volumes each year, so that the Library would be set up in five years. Chaix expected at least 6,450 subscribers per series for the whole of France, i.e. an annual sale of 645,000 volumes, which would generate 32,250 francs for the director of the Bibliothèque. The project was taken quite far, since Guizot drew up lists of works intended for the Library, and lined up the names of possible contributors, always the same ones, those of his friends V. de Broglie, Vitet, Barante, Lenormant, Dumon, and also Abbés Gerbet and Gratry.
We don't know why or how Hachette took Chaix's place, but this affair undoubtedly played a part in the hatred that Hachette pursued Chaix until his death in 1865. Napoléon Chaix must have felt dispossessed of an idea he had conceived first. As for Guizot, it is probable that going from one hundred to twelve annual volumes, proportionately better paid, offered a return to the principle of reality. How would he have managed to manage the enormous project envisaged by Chaix with the rigour he was known for? Chaix did launch, under his own name, a Universal family library, but without being able to rise to the level of the Railway library.
Le contrat signé avec Hachette serait d’autant plus avantageux pour Guizot qu’il recruterait des auteurs à sa main et à faible coût. De fait, il chargea son fils Guillaume de traiter d’Alfred le Grand, et sa fille Henriette de Guillaume le Conquérant et d’Édouard III. Paul Lorain, répétiteur de son fils François à la fin de la Restauration puis son proche collaborateur au ministère de l’Instruction publique et très lié à Louis Hachette dont il avait été condisciple à l’École normale, fut lui aussi enrôlé et s’en remit à Guizot des conditions qui lui seraient faites : « Pour moi, et j’oserai dire pour mon gendre, sans lui en avoir parlé, comme vous ne pouvez manquer à la fois par votre esprit de justice, et par votre précieuse amitié pour tous deux, d’obtenir une rémunération honnête de notre travail, je ne puis que vous prier de faire ce que vous avez toujours fait, de stipuler pour moi mieux que moi.{{4}}[[4]]Lettre du 12 juillet 1852.[[4]] » Le gendre, c’est Camille Rousset, professeur d’histoire de Guillaume Guizot à la fin des années 1840, et devenu un ami de la famille. Lui s’occupe de la Grande Charte, son beau-père de l’origine et de la fondation des États-Unis. Il est vraisemblable que le directeur de collection, qui effectue consciencieusement son travail de révision, reversait la moitié de sa rémunération à ses auteurs, dont le nom figurait bien sur la page de titre, à l’exception de celui d’Henriette de Witt. Craignant peut-être que l’historien impose ses conceptions académiques de l’histoire, l’éditeur insiste sur la nécessaire accessibilité des livres dont il prend la charge : « Notre collection est destinée à un public tout spécial, à des voyageurs qui prendront nos livres non pour étudier, mais pour abréger le temps de leur route.{{5}}[[5]]Lettre signée Louis Hachette du 1er août 1852.[[5]] » Combien cette série « Histoire et voyages » de la Bibliothèque des chemins de fer rapporta-t-elle à Guizot ? Edward III and the burghers of Calais, for example, was published five times during Guizot's lifetime, and three more times up to 1887.
In March 1855, the Revue des deux mondes published a historical study by Guizot entitled «L'amour dans le mariage». A contract was immediately signed with Hachette for a small-format edition, and even then «with the necessary blanks to make the volume four leaves long». In fact, the printer Charles Lahure, whose workshop was located at 9 rue de Fleurus, produced a 92-page in-18° volume.
. L’auteur percevait 15 centimes par exemplaire tiré, la première édition étant fixée à 5 000 exemplaires, soit 750 francs payables à la mise en vente. La clause relative à la passe mentionne pour la première fois « les exemplaires employés à la publicité », autrement dit le service de presse. Si la cession est consentie sans aucune limite de temps, les droits pour la langue anglaise sont naturellement réservés. La vente démarra à un rythme soutenu. Aussi, éditeur actif et entreprenant, Hachette, à la suite de la première réimpression, proposa à l’auteur, « pour prolonger le succès de ce petit livre et répondre aux exigences du public qui réclame de toutes manières des publications à bon marché, de réduire le prix de l’exemplaire à 50 centimes », ce qui diminuerait les droits d’auteur des deux tiers, soit cinq centimes. Mais le prochain tirage serait porté à 10 000 exemplaires au lieu de 3 000, et « cet accroissement de la vente vous indemniserait certainement de la réduction de votre droit.{{6}}[[6]]Lettre signée Louis Hachette du 21 septembre 1855.[[6]] » Abaisser le prix du livre favorise-t-il la vente à due proportion ? Le débat, encore aujourd’hui, n’est pas clos. Guizot en tout cas n’en était pas persuadé, qui fit une contre-proposition : réduire le prix de 1 franc 50 à 75 centimes, lui-même recevant dès lors 10 centimes par exemplaire. Hachette repoussa cette « demi-mesure », car son intention était de « faire concurrence » aux publications à 50 centimes qui se développaient{{7}}[[7]]Idem du 25 septembre 1855.[[7]]. En conséquence, la troisième édition sera tirée à 3 000 exemplaires dans les mêmes conditions que les précédentes. Guizot n’avait sans doute pas tort, car dix éditions se succédèrent jusqu’en 1873, pour un total de 32 000 exemplaires générant 4 800 francs de droits d’auteur.
It was a more traditional contract which, like the previous one, on 31 July 1862 gave the form of a book to a work being published in the Revue des deux mondes, Un projet de mariage royal«. This work of at least 300 pages, in fact 360, »printed in the typeface of love in marriage » dont il est en quelque sorte la suite, fera partie de la « Bibliothèque variée » à 3 francs 50 le volume in-18° Jésus{{8}}[[8]]La feuille d’impression de format Jésus fournit en édition in-18° seize feuillets donc trente-six pages mesurant 18,5 cm x 11,5 cm.[[8]], où figurent aussi bien Edmond About que Byron, Lamartine, Victor Hugo, Sainte-Beuve, Taine et autres célébrités. Le droit d’auteur, pour cette cession elle aussi sans limite de temps, s’élève à 50 centimes par exemplaire, soit environ 14%, le premier tirage étant fixé à 6 000 exemplaires. Les droits de la langue anglaise sont réservés à l’auteur et, clause jusque là inhabituelle, le produit des autres droits étrangers est partagé entre l’auteur et l’éditeur. L’article 6 est lui aussi nouveau, et léonin : « Dans le cas où MM. L. Hachette et Cie refuseraient dans les trois mois qui suivront l’épuisement d’une édition de procéder à l’impression d’une édition nouvelle, M. Guizot en reprendrait la libre disposition. » Il est vrai que ni le placement d’office des ouvrages chez les libraires, qui se fournissaient à compte ferme, ni la capacité pour ces derniers de les retourner à l’éditeur n’existaient alors, de sorte que l’épuisement d’un titre était plus aisé à constater.
Ce fut le dernier contrat portant les signatures de Guizot et de Louis Hachette, dont la santé était déjà atteinte et qui mourut exactement deux ans plus tard, à 64 ans. Depuis assez longtemps déjà, Émile Templier, né en 1821, son gendre depuis 1849 et dès lors un de ses deux associés-gérants, était en relation avec Guizot et, à partir de 1855, les lettres signées de son beau-père et adressées à Guizot sont pour la plupart de sa main. Ce dernier appréciait cet homme « intelligent, bien élevé et empressé{{9}}[[9]]Lettre de Guizot à sa fille Henriette du 27 octobre 1869. Cf. François Guizot, Letters to his daughter Henriette (1836-1874), op. cit., p. 959.[[9]] ». Il était de la même génération que Michel Lévy, le plus actif concurrent d’Hachette et désormais de Templier, et Guizot, qui les estimait également, tenait la balance égale entre eux, au point qu’il lui arriva de les recevoir tous les deux le même jour, l’un le matin l’autre le soir. Chacun d’eux eut le soin et l’intelligence de ne pas se poser en rivaux devant leur auteur commun. Aussi Michel Lévy ne chercha-t-il point à détourner à son profit la confiance que Guizot plaçait en Templier lorsqu’il contracta avec lui pour sa dernière et très grosse opération éditoriale. « J’ai vu hier Michel Lévy, annonce Guizot le 31 octobre 1869, et je lui ai dit que j’avais conclu avec Hachette. Il s’y attendait (…) Nous resterons en bons termes. {{10}}[[10]]François Guizot, Letters to his daughter Henriette (1836-1874), op. cit., p. 961.[[10]] » Et il le lui confirma par lettre.{{11}}[[11]]Lettre du 11 novembre 1869 : « Je regrette que nous n’ayons pu nous entendre sur mon History of France as told to my grandchildren. Je saisirai volontiers, quand elles se présenteront, les occasions de vous témoigner mon désir de conserver avec vous les bonnes relations d’affaires que nous avons eues. »[[11]] De son côté, Lévy lui rendait la politesse : « Vous ne pouvez remettre en de meilleures mains le soin de vos intérêts.{{12}}[[12]]Lettre du 1er November 1869. By way of compensation, Guizot offered Lévy the chance to bring together in one volume various writings that had appeared separately. The latter declined: «This competing publication would lead to unfortunate comparisons for me commercially speaking. You will therefore understand, dear Mr Guizot, that it will be very difficult for me to publish anything by you for as long as Messrs Hachette are publishing your History of France. »[[12]] »
In fact, on 30 July, Guizot had written to Émile Templier to find out whether the Hachette bookshop, of which Templier was «one of the two oldest partners to whom the social signing of treaties with authors is reserved», would publish a History of England told by M. Guizot to his grandchildren and written by his daughter Mme de Witt, in three volumes of around 500 pages, and a History of France told by M. Guizot to his grandchildren. Templier was immediately interested. But, so as not to overlook any possible outcome, and also out of good manners, Guizot also approached Michel Lévy: «I propose to write the’History of France (…) J’ai gardé mes notes. Ce sera de 4 à 6 volumes in-8°.{{13}}[[13]]Lettre du 10 août 1869.[[13]] » En fait, le premier projet passa rapidement au second plan et cette histoire d’Angleterre ne parut chez Hachette, en deux volumes, qu’en 1877-1878, après la mort de Guizot qui ne prit aucune part à sa rédaction. C’est donc l’Histoire de France qui, après des négociations apparemment faciles car Michel Lévy hésitait à s’engager, ne voulant pas dépasser quatre volumes, donna lieu à un traité signé le 30 octobre 1869. Entre-temps, la conception éditoriale de cette publication s’était affinée et enrichie.
Guizot ceded to Hachette, «for as long as his literary property and that of his heirs or representatives lasts, either according to current legislation or according to future legislation» - a new wording taking into account the evolution of the law which appears in the contracts concluded thereafter - the editorial exclusivity of a "literary property". History of France, from the earliest times to 24 February 1848, told to my grandchildren, The first, from the origins to 1789, was in three volumes, the second, from 1789 to 1848, in one volume. The idea was to publish in instalments, with illustrations, at a price of five centimes per copy, with a minimum initial print run of 5,000. If both parties agreed to a volume edition, the author would receive one franc for the in-8° format and 50 centimes for the in-18° format. The rights to the English language are reserved for the author, and the others are shared with the publisher, who, in all cases, may sell the engraving plates for his own profit. If the publisher does not reprint an edition within three months of it going out of print, the author's rights revert to the publisher, but the plates remain the property of the publisher.
It was in these conditions that this exceptional undertaking was launched. No doubt Guizot had been thinking about this work for a long time, and had included it in the contract signed with Gosselin in 1838. But today he is 82 years old, and although his vigour of spirit is intact, his old age has set in. The lessons he has been giving to his grandchildren at Val-Richer for several years now were undoubtedly prepared by him and recorded by his daughter Henriette, but putting them across to a wider audience is an altogether different exercise. Émile Templier, however, did not hesitate to take the risk of an unfinished story.
, et, quatre ans durant, la main du grand homme ne trembla pas, avant que, dans les derniers mois, sa fille rédige sous sa dictée. Douze jours après la signature du contrat, Templier recevait les 114 premières pages du manuscrit. Inaugurant un processus appelé à se répéter des dizaines de fois, ce texte fut transmis au dessinateur Alphonse de Neuville, qui exécutait les bois, grands et petits, destinés à illustrer chaque chapitre. Guizot l’alimente en documents, ajuste parfois son texte à l’illustration à laquelle il accorde une extrême attention, à commencer par les légendes. Alphonse de Neuville le rassure : « Mon Simon de Montfort sera tué d’après toutes les règles de l’art des sièges au Moyen Âge, par un mangonneau exact, sur un cheval caparaçonné à ses armes telles que les donne son sceau.{{14}}[[14]]Lettre d’A. de Neuville du 18 juin 1871.[[14]] »
The first of the weekly issues, each of 16 pages in-4° with illustrations occupying the equivalent of two pages, was published on 15 April 1870, with a print run of 15,000 copies following a canvassing and advertising campaign, which was repeated on a larger scale for the launch of the next three volumes. The first three issues were sent to 62 newspapers, from l'Avenir national à the Breton Union, by way of the Young people's diary{{15}}[[15]]Dans un compte rendu paru en juin 1870 dans The Correspondent, the critic Pierre-Paul Douhaire regretted that the illustrations contained too much nudity. A. de Neuville replied that «the Barbarians wore very little clothing, but we have reached the period where the naked allaient disparaître. » Lettre de Templier à Guizot du 15 juin 1870.[[15]]. Un prospectus rédigé par Guizot fut envoyé dans les lycées et les pensions, une page de publicité achetée dans Fashion illustrated, with a print run of 83,000 copies. Many incidents got in the way of a production whose regularity was an essential factor of success: a car accident and the indisposition of the illustrator, strikes by the workers at the printer Simon Raçon who, at other times, was overwhelmed, delays in drying the printed sheets despite the newly installed wind tunnels... and above all the war with Prussia, then the Commune, so that publication was interrupted with the 16th anniversary of the French Revolution.e delivery at the end of August 1870, only to resume in mid-June 1871. The author, for his part, continued writing with no apparent weariness, delivering his text with clockwork regularity, much to Templier's relief. The first bound volume, in 4° format, containing the first 37 issues, i.e. some 800 manuscript pages, went on sale in November 1871, in time for the end-of-year shopping that the publisher had high hopes for, as the work was an ideal gift for young and old alike. A few weeks later, Guizot's biographical study of his old and dear friend Victor de Broglie, who had died in January 1870, was published in book form in September-October 1871 in the Revue des deux mondes. Templier avait aussitôt fait savoir son désir de l’éditer, non sans « faire remarquer que la vente de ce volume sera nécessairement fort restreinte.{{16}}[[16]]Lettre de Templier du 22 septembre 1871.[[16]] » Aussi le contrat signé le 6 octobre fixait-il à 50 centimes par exemplaire le droit d’auteur, alors que the Duc de Broglie, publié dans la « Bibliothèque variée », comptait 300 pages. Il fut tiré à 1 500 exemplaires, mais, suivant une technique en plein développement, des clichés de la composition furent pris pour une réimpression rapide en cas de succès. Guizot souhaitait l’insertion d’une photographie de son ami en tête d’ouvrage, mais « cela nous coûterait de 75 centimes à 1 franc par volume, le prix de la notice serait augmenté d’autant, ce qui en compromettrait la vente{{17}}[[17]] Idem, le 6 octobre 1871[[17]] », et Guizot dut se faire une raison.
La première livraison du tome II fut mise en vente dans la troisième semaine de février 1872. Bientôt, Templier exprimait une crainte qui alla croissant tout au long de l’année, même si elle était en partie feinte pour stimuler l’auteur, celle de manquer de copie : « Nous n’avons plus que six livraisons d’avance, c’est-à-dire de quoi paraître pendant six semaines ; et c’est précisément le temps qui nous est nécessaire pour préparer l’illustration d’une livraison. Si vous ne pouviez pas nous remettre très prochainement de la copie, il est bien à craindre que notre publication en soit interrompue. Rien ne serait plus fâcheux.{{18}}[[18]]Idem, le 11 mars 1872.[[18]] » Et encore : « Si notre tome II n’est pas complètement imprimé le 15 novembre et prêt à être mis à la reliure, nous perdrons la moitié de la vente du jour de l’an. Or, pour qu’il soit illustré et imprimé à cette époque, il est indispensable que nous en ayons toute la copie au commencement d’octobre. {{19}}[[19]]Idem, le 5 septembre 1872.[[19]] » Pour maintenir le flux, Guizot devait ainsi envoyer chaque semaine de 30 à 40 feuillets, qu’il rédigeait de sa main et faisait mettre au propre par une copiste afin d’uniformiser le calibrage, sans compter la lecture des épreuves dans des délais très resserrés. Le défi fut relevé, puisque le deuxième tome parut dans les tout derniers jours de novembre, regroupant là encore trente-sept livraisons, avec un premier tirage à 3 000 exemplaires comme le précédent. Mais le récit n’avait pas dépassé la mort de Louis XII, et il fallut constater que le troisième et dernier volume prévu ne suffirait pas pour aller jusqu’en 1789. L’éditeur fit part de son embarras : « Nous avons annoncé à nos souscripteurs un ouvrage qui se composerait d’environ 100 livraisons, coûterait 50 francs et serait publié dans un délai de deux ans ; il nous faut maintenant les prévenir que ce même ouvrage formera environ 140 livraisons, coûtera 70 francs et ne sera pas achevé avant deux ans.{{20}}[[20]]Idem, le 24 octobre 1872.[[20]] » Templier était encore loin du compte, puisqu’un cinquième tome s’avérera nécessaire, mais il n’eut pas à s’en plaindre, car le public demeura jusqu’au bout fidèle à cette Histoire de France. Les trente-huit livraisons hebdomadaires du tome III commencèrent le 21 mai 1873.
Pour fixer le calendrier du travail de l’année, Templier fit réaliser un extraordinaire tableau où figurent le n° de la livraison et celui de la feuille d’impression, l’époque de la remise de la copie – tous les cinq jours jusqu’au 10 octobre – et celle de la mise en vente, de façon que le volume relié soit disponible le 20 novembre. Guizot s’organisait en conséquence : « Je ferai certainement François II dans les dix derniers jours de juin – Charles IX en trois ou quatre semaines de juillet – Henri III du 29 juillet au 15 ou 20 août. Il me restera pour Henri IV sept ou huit semaines jusqu’au 15 octobre. Ce sera là mon coup de collier.{{21}}[[21]]Lettre du 18 juin 1873. Cf. François Guizot, Letters to his daughter Henriette (1836-1874), op. cit., p. 1021.[[21]] » Rappelons qu’il était dans sa 85e year. He fulfilled his programme within a few days, sending off his last consignment on 9 November, and volume III went on sale in mid-December. He set to work on the fourth volume without respite, which resumed publication at the end of July 1874, each with a print run of 15,000 copies. Despite the death of his daughter Pauline in February, which shook him to the core, he worked at Le Val-Richer without respite, sending copies of six of the thirteen chapters making up volume IV between June and July. But from then on he dictated to Henriette, because the handwriting in his trembling hand was becoming illegible. On 28 August, Templier wrote to her: «We are well on the way to completing Volume IV», and expressed the hope that his health would improve. A few days later, overcome by weakness, Guizot took to his bed and died on 12 September. The last chapter of volume IV, which it is not certain he had time to dictate, was devoted to the death of Louis XIV. It was Henriette who took charge of the fifth volume, «written according to the plan and notes of M. Guizot», the first issue of which was published in March 1875, and which she completed with two volumes covering the period from 1789 to 1848, published in 1878-1879.
During the five years of this immense project, the publisher accompanied his author step by step, alternately accommodating or firm, pressing or reassuring, attentive to the technical aspects of production as well as to the commercial action, reporting to him on everything, always courteous and sometimes moved, in short placing him in the best working conditions. In this respect, the dozens of letters, sometimes very detailed, sent by Émile Templier and sometimes, in his absence, by Jean Georges Hachette, Louis's youngest son, who became a partner in the bookshop at the age of 26 shortly before his father's death, provide exceptional testimony.
Aussi le succès de l’entreprise fut-il considérable, non seulement en France mais dans le monde{{22}}[[22]]Une édition s’en trouvait dans la bibliothèque personnelle de Viacheslav Molotov, l’homme lige de Staline, mort en 1986. Cf. Rachel Polonsky, Molotov's magic lantern. A journey through Russian history, Paris, Denoël, 2012.[[22]]. Un tableau récapitulatif des ventes des 109 livraisons composant les trois premiers tomes, établi en juillet 1874, montre qu’elles s’étaient vendues chacune à cette date entre 19 000 et 25 000 exemplaires, atteignant le total énorme de 2 239 000, soit 111 950 francs payés à l’auteur, sans compter les droits provenant des tomes reliés, qui furent plusieurs fois réédités. S’y ajoute le produit des traductions, à commencer par la langue anglaise, dont l’éditeur londonien Sampson Low, installé au 188 Fleet Street, avait acquis les droits pour 100 £ par volume{{23}}[[23]]The History of France from the earliest times to the year 1789, by M. Guizot, translated by Robert Black. S. Low, Marston, Low & Searle. Les cinq volumes parurent entre 1872 et 1883. Cette édition fut diffusée aux États-Unis par la maison Estes & Lauriat, 143 Washington Street, Boston.[[23]].