{"id":5908,"date":"2011-09-02T14:30:57","date_gmt":"2011-09-02T12:30:57","guid":{"rendered":"https:\/\/www.guizot.com\/?page_id=5908"},"modified":"2025-11-25T12:13:39","modified_gmt":"2025-11-25T10:13:39","slug":"pauline-guizots-account","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.guizot.com\/en\/family-writings\/pauline-guizots-account\/","title":{"rendered":"Story by Pauline Guizot"},"content":{"rendered":"<p>\u00abOne month in 1848\u00bb<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter\"><a href=\"https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/Pauline-Guizot-194x300.jpg\" class=\"lightbox\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"194\" height=\"300\" src=\"https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/Pauline-Guizot-194x300.jpg\" alt=\"Ad\u00e9la\u00efde-Rosalie comtesse MOLLIEN (1784-1878), Portrait of Pauline Guizot-de Witt. Pastel, 1857. Private collection. Clich\u00e9 Fran\u00e7ois Louchet.\" class=\"wp-image-7607\" title=\"Ad\u00e9la\u00efde-Rosalie comtesse MOLLIEN (1784-1878), Portrait of Pauline Guizot-de Witt. Pastel, 1857. Private collection. Clich\u00e9 Fran\u00e7ois Louchet.\" srcset=\"https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/Pauline-Guizot-194x300.jpg 194w, https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/Pauline-Guizot-664x1024.jpg 664w, https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/Pauline-Guizot.jpg 1277w\" sizes=\"auto, (max-width: 194px) 100vw, 194px\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">Brompton, 6 August 1848<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai voulu ma ch\u00e8re s\u0153ur, \u00e9crire pour toi nos souvenirs de ces tristes journ\u00e9es que nous avons travers\u00e9es ensemble, du 22 f\u00e9vrier \u00e0 la fin de mars ; il y a eu dans ce mois de quoi remplir bien des ann\u00e9es et j&rsquo;ai pens\u00e9 que tu aimerais dans dix ans d&rsquo;ici \u00e0 retrouver une trace des \u00e9motions, des inqui\u00e9tudes et des joies que nous avons \u00e9prouv\u00e9es. Je sais qu&rsquo;en disant mes impressions, je dis \u00e0 peu pr\u00e8s les tiennes, car comme nous l&rsquo;a dit Mme Tastu{{1}}[[1]]Amable Vo\u00efart, n\u00e9e en 1798, devenue Mme Tastu en 1816, femme de lettres dont le premier recueil de po\u00e9sies, de sensibilit\u00e9 romantique, a paru avec grand succ\u00e8s en 1826. FG la prit sous sa protection alors qu\u2019elle c\u00f4toyait la mis\u00e8re. En 1840, elle remporta le premier prix de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, qui avait mis au concours l\u2019\u00e9loge de Mme de S\u00e9vign\u00e9.[[1]] \u00ab\u202fNous avons m\u00eame foi, m\u00eame espoir, m\u00eame amour\u202f\u00bb\u202f; et j&rsquo;aime \u00e0 penser que plus tard, que nous soyons s\u00e9par\u00e9es ou r\u00e9unies, tu auras du plaisir \u00e0 voir ce petit cahier \u00e9crit par une personne qui t&rsquo;aime plus qu&rsquo;elle ne le dit, peut-\u00eatre plus que tu ne le crois.<\/p>\n\n\n\n<p>Je commence donc mon r\u00e9cit au 23 f\u00e9vrier 1848. Mon p\u00e8re avait d\u00e9sir\u00e9 la veille que nous ne restassions pas au minist\u00e8re le mardi ; il s&rsquo;attendait \u00e0 du bruit devant l\u2019H\u00f4tel et le craignait pour ma grand-m\u00e8re. Nous avons donc quitt\u00e9 la maison mardi \u00e0 neuf heures du matin pour aller passer la journ\u00e9e chez Madame Lenormant{{2}}[[2]]Les Lenormant \u00e9taient des proches de FG. Am\u00e9lie Cyvoct, \u00e9pouse de Charles Lenormant, a \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9e par sa tante, Juliette R\u00e9camier. Son mari \u00e9tait conservateur de la biblioth\u00e8que royale. Ils eurent trois enfants\u202f: Juliette, Paule et Fran\u00e7ois.[[2]] ; nous comptions revenir d\u00eener avec lui\u202f; nous n&rsquo;y sommes jamais rentr\u00e9s\u202f; on \u00e9tait si rassur\u00e9 le matin par la nouvelle que les d\u00e9put\u00e9s n&rsquo;iraient pas au banquet{{3}}[[3]]La Campagne des Banquets d\u00e9signe une s\u00e9rie d&rsquo;environ 70 r\u00e9unions organis\u00e9es dans toute la France entre 1847 et 1848 par les r\u00e9formateurs pour demander un \u00e9largissement du corps \u00e9lectoral et s&rsquo;opposer aux d\u00e9cisions prises par le gouvernement conservateur de Fran\u00e7ois Guizot. L&rsquo;interdiction d&rsquo;une de ces r\u00e9unions, qui devait se tenir \u00e0 Paris le 14 janvier 1848, est \u00e0 l&rsquo;origine de la r\u00e9volution de f\u00e9vrier 1848 qui entra\u00eena la chute de la Monarchie de Juillet et le d\u00e9part du roi Louis-Philippe.[[3]], que nous trouvions absurde de quitter notre maison et que nous nous moquions fort de la pr\u00e9caution que prenait mon p\u00e8re, de nous faire emporter nos diamants et notre or. Nous arrivons chez Mme Lenormant et la trouvons tr\u00e8s souffrante\u202f; nous \u00e9tions parties Henriette et moi avec bonne-maman, Guillaume \u00e9tait all\u00e9 au coll\u00e8ge et M<sup>lle<\/sup> Wisley{{4}}[[4]]Gouvernante anglaise de Pauline et Henriette.[[4]] ne devait venir que plus tard.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur notre chemin du minist\u00e8re{{5}}[[5]]Le minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res se trouvait 9 bd des Capucines.[[5]] \u00e0 la rue des Petits Champs, nous remarquons la parfaite tranquillit\u00e9 des rues\u202f; impossible de distinguer une diff\u00e9rence entre l&rsquo;attitude des ouvriers ce jour-l\u00e0 et celle de chaque jour\u202f; on voyait de temps en temps quelques groupes lisant les proclamations du Pr\u00e9fet de Police\u202f; du reste une parfaite tranquillit\u00e9 la premi\u00e8re partie de la journ\u00e9e se passe tr\u00e8s paisiblement\u202f; vers une heure vient M. G\u00e9nie{{6}}[[6]]Auguste G\u00e9nie, n\u00e9 en 1794, avocat toulousain, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la Haute-Garonne puis chef de cabinet de FG, ministre de l\u2019Instruction publique \u00e0 partir de 1832 et depuis lors son homme de confiance, ma\u00eetre des Requ\u00eates au Conseil d\u2019\u00c9tat.[[6]] qui nous dit qu&rsquo;on est venu faire un peu de bruit devant le minist\u00e8re ; rien de s\u00e9rieux. Nous voyons plusieurs personnes, Mme Grandpierre{{7}}[[7]]Fanny Guyot est la deuxi\u00e8me \u00e9pouse du pasteur Jean-Henri Grandpierre, n\u00e9 en 1799, originaire de Neuch\u00e2tel, membre actif du courant \u00e9vang\u00e9lique et pasteur de l\u2019Eglise r\u00e9form\u00e9e des Batignolles. [[7]], Coste{{8}}[[8]]Jean Victor Coste, n\u00e9 en 1807, m\u00e9decin sp\u00e9cialiste d\u2019embryologie, titulaire depuis 1837 de la chaire d\u2019anatomie compar\u00e9e au Mus\u00e9um d\u2019histoire naturelle, professeur d\u2019embryologie au coll\u00e8ge de France depuis 1844.[[8]], Meurand{{9}}[[9]]Joachim Meurand \u00e9tait un camarade de classe de Fran\u00e7ois, le fils a\u00een\u00e9 de FG, mort en 1837. Il resta li\u00e9 aux Guizot toute sa vie.[[9]], mon oncle{{10}}[[10]]Maurice de Vaines, demi-fr\u00e8re de sa m\u00e8re Eliza.[[10]], tous disent que les rassemblements sont peu nombreux et compos\u00e9s en grande partie de gamins de Paris qui ont l&rsquo;air de jouer. Quel jeu\u202f! M<sup>lle<\/sup> Wisley and Juliette Lenormant went out and came back to us very quiet; it wasn't a riot, the day ended without us learning anything worrying; however, in the evening we received a note from my father telling us to sleep at Mrs Lenormant's; he thought it wasn't over and that it was better to stay where we were; he wasn't wrong; this was only the beginning.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter\"><a href=\"https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/revolution-1848-300x234.jpg\" class=\"lightbox\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"300\" height=\"234\" src=\"https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/revolution-1848-300x234.jpg\" alt=\"Barricades on rue Soufflot, painted by Horace Vernet.\" class=\"wp-image-7576\" title=\"Barricades on rue Soufflot, painted by Horace Vernet.\" srcset=\"https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/revolution-1848-300x234.jpg 300w, https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/revolution-1848.jpg 657w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p>On Wednesday morning, Georges brought us another letter from my father, telling us that he had slept with the Duc de Broglie and that he hoped to see us again in the evening; nothing new during the night; a few attempts at barricades in the suburbs; we had breakfast, then came the same friends as the day before, (M<sup>lle<\/sup> Wisley et Guillaume nous avaient rejoints le mardi matin). Nous restons tous attendant les nouvelles et voyant avec quelqu&rsquo;inqui\u00e9tude des bandes d&rsquo;hommes arm\u00e9s commencer \u00e0 circuler dans les rues, \u00e0 quatre heures. M. Lenormant rentre tr\u00e8s troubl\u00e9 et nous apprend que le Roi a renvoy\u00e9 son minist\u00e8re\u202f; ceci nous \u00e9tonne fort et nous voyons avec grand chagrin la faute \u00e9norme qui venait d&rsquo;\u00eatre commise, faute qui a peut-\u00eatre d\u00e9cid\u00e9 de la R\u00e9volution. Pendant le d\u00eener, viennent M.M. Herbet{{11}}[[11]]N\u00e9 en 1813, Edmond Herbet, secr\u00e9taire particulier de Guizot \u00e0 l&rsquo;ambassade de Londres en 1840, est depuis 1845 sous-directeur des affaires commerciales au minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res. [[11]], de Carn\u00e9{{12}}[[12]]Comte Louis de Carn\u00e9, n\u00e9 en 1804, entr\u00e9 dans la carri\u00e8re diplomatique en 1825. Il fut d\u00e9put\u00e9 du Finist\u00e8re de 1839 \u00e0 1848. Catholique lib\u00e9ral, politiquement proche de Mol\u00e9 mais ralli\u00e9 \u00e0 FG en 1847, il collabore \u00e0 la <em>Revue des Deux Mondes<\/em> and <em>Correspondent<\/em>, qu\u2019il avait contribu\u00e9 \u00e0 fonder.[[12]], de Lavergne{{13}}[[13]]L\u00e9once Guilhard de Lavergne, n\u00e9 en 1809, nouveau d\u00e9put\u00e9 du Gers, sous-directeur et chef de bureau de l\u2019Am\u00e9rique et des Indes au minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res. [[13]], tous boulevers\u00e9s par la nouvelle du changement de minist\u00e8re et fort inquiets de ce qui allait le suivre. M. Rousset{{14}}[[14]]Camille Rousset, n\u00e9 en 1821, professeur d\u2019histoire suppl\u00e9ant au coll\u00e8ge de Bourbon, est r\u00e9p\u00e9titeur aupr\u00e8s des enfants de Guizot.[[14]], Meurand arrivent aussi tr\u00e8s tristes. \u00c0 neuf heures et demie nous voyons M. Libri{{15}}[[15]]Guillaume Libri, d\u2019origine italienne, collaborateur de FG au minist\u00e8re de l\u2019Instruction publique, professeur de math\u00e9matiques au Coll\u00e8ge de France, membre de l\u2019Acad\u00e9mie des sciences, inspecteur g\u00e9n\u00e9ral des biblioth\u00e8ques, bient\u00f4t convaincu de vols de livres rares.[[15]] et M. Hamon{{16}}[[16]]Ren\u00e9 Am\u00e9d\u00e9e Hamon, n\u00e9 en 1814, auditeur de 1<sup>re<\/sup> classe au Conseil d\u2019Etat en 1846, est d\u00e9tach\u00e9 e, 1847 au cabinet du ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res Guizot. [[16]]\u202f; une discussion p\u00e9nible force M<sup>lle<\/sup> Wisley to leave us in the evening, to her great regret and ours; she is leaving with M. Coste to go and sleep with her friends, the Fauquets, who live in the rue de la Chauss\u00e9e d'Antin. A few moments before she left, we had heard the shooting in front of the Ministry of Foreign Affairs, and we were all extremely agitated. That evening was one of the most painful of that painful week. As he left, M<sup>lle<\/sup> Wisley, having arrived at the boulevard, was prevented from crossing by the cavalry regiments that were arriving and was obliged to go up the streets to the rue Montmartre. At ten o'clock we went to bed exhausted by the day, very worried, but not anticipating what the next day would bring in terms of grief and anxiety.<\/p>\n\n\n\n<p>I can say that we didn't sleep a wink that night; we slept with our dear good mother, Henriette and I, in the living room, Guillaume in the library next door. Towards midnight, we heard a hardware shop opposite the library being broken into; a gang of young men had come there to buy gunpowder and weapons. I was very tired and agitated and I can't tell you what effect these rifle butts and furious shouts had on me, making us jump into our beds. A fairly calm hour passed, and then we were once again shaken by the noise of the barricades being erected on all sides around us; during the night the Rue de Richelieu was cut off by thirty barricades; the recall or the general was beaten at every moment. It was a night I shall never forget for the rest of my life; what anxiety! What suffering!<\/p>\n\n\n\n<p>Le jeudi matin \u00e0 6 heures nous nous levons et nous sommes terrifi\u00e9s par la quantit\u00e9 d&rsquo;hommes arm\u00e9s et de gardes nationaux avec eux, qui passent \u00e0 chaque instant\u202f; ils crient \u00ab\u202fVive la R\u00e9forme\u202f\u00bb\u202f; beaucoup d&rsquo;entre eux crient m\u00eame \u00ab\u202fVive la R\u00e9publique\u202f\u00bb et toujours\u202f: \u00ab\u202f\u00c0 bas Guizot\u202f\u00bb. La veille au soir on avait forc\u00e9 tout Paris d&rsquo;\u00eatre illumin\u00e9 et rien ne peut \u00eatre plus sinistre que ces cris\u202f: \u00ab\u202fDes lampions, des lampions\u202f\u00bb m\u00eal\u00e9s \u00e0 la Marseillaise, au \u00ab\u202f\u00c7a ira\u202f\u00bb, au \u00ab\u202fMourir pour la Patrie\u202f\u00bb. On voyait dans les bandes les figures les plus sinistres, m\u00eame \u00e7a et l\u00e0 quelques femmes\u202f; pauvres cr\u00e9atures \u00e9gar\u00e9es qui sortaient si tristement du rang d&rsquo;humilit\u00e9 et de paix o\u00f9 Dieu les a plac\u00e9es. Rose et son mari viennent \u00e0 huit heures le jeudi matin, elle pleine de courage et de volont\u00e9, nous racontant comment elle avait pass\u00e9 la nuit \u00e0 soigner des bless\u00e9s \u00e9tablis dans les salons du rez-de-chauss\u00e9e au minist\u00e8re, dans ce salon bleu o\u00f9 le vendredi d&rsquo;avant deux cents personnes venaient f\u00e9liciter mon p\u00e8re de tous ses succ\u00e8s r\u00e9cents et o\u00f9 le dimanche 20 nous \u00e9tions si heureusement r\u00e9unis, \u00e9coutant Meurand et mon oncle nous chanter mille folies, apr\u00e8s un d\u00eener fort gai ; nous ne craignions, ni les uns ni les autres, qu&rsquo;on nous aurait \u00e9tonn\u00e9s si on nous avait dit que le dimanche 27 nous serions s\u00e9par\u00e9s sans nous \u00eatre m\u00eame dit adieu pour \u00eatre si longtemps sans nous revoir. Nous aurions trait\u00e9 de fou et de proph\u00e8te de mauvais augure celui qui nous aurait fait une semblable pr\u00e9diction et nous n&rsquo;aurions pas plus cru \u00e0 ses discours que les Troyens \u00e0 ceux de la proph\u00e9tesse Cassandre. Je ne peux pas me rappeler sans tristesse toutes les moqueries faites sur ce banquet et cette \u00e9meute annonc\u00e9e depuis si longtemps\u202f: \u00ab\u202fles voies de Dieu ne sont pas nos voies et ses pens\u00e9es ne sont pas nos pens\u00e9es\u202f\u00bb. Nous croyions encore le jeudi matin aller nous \u00e9tablir \u00e0 notre petite maison de la rue Ville l&rsquo;\u00c9v\u00eaque et le soir nous ne songions plus qu&rsquo;\u00e0 quitter la France. Que de choses en un jour, que d&rsquo;ann\u00e9es en une heure\u202f! \u00c0 onze heures le jeudi, vient M. Coste, tout boulevers\u00e9 et paraissant \u00e9puis\u00e9. Il venait de traverser la place de la Concorde au milieu d&rsquo;une foule \u00e9norme de troupes, d&rsquo;insurg\u00e9s, de curieux et il \u00e9tait tr\u00e8s inquiet. Apr\u00e8s le d\u00e9jeuner, il repart nous laissant dans une angoisse qu&rsquo;augmentaient \u00e0 chaque instant les cris forcen\u00e9s des troupes d&rsquo;insurg\u00e9s qui se pr\u00e9cipitaient vers les Tuileries ; tous \u00e9taient arm\u00e9s, les uns de fusils ou de pistolets, les autres de piques et de sabres\u202f; des hommes, des jeunes gens, des enfants\u202f; nous quittions un moment la fen\u00eatre puis une nouvelle bande en passant, nous y ramenait\u202f; chaque troupe avait un drapeau rouge ; combien nous nous r\u00e9jouissions alors de la surdit\u00e9 de notre pauvre grand-m\u00e8re, elle aurait tant souffert d&rsquo;entendre ces cris qui lui auraient rappel\u00e9 des jours auxquels ceux qui s&rsquo;\u00e9coulaient alors ne ressemblaient que trop. Vers deux heures, M. Coste revient et nous dit qu&rsquo;il vient d&rsquo;entendre parler dans les rues de l&rsquo;abdication du Roi ; nous ne voulons pas y croire. Il sort de nouveau et revient sachant positivement l&rsquo;abdication et disant que la R\u00e9publique \u00e9tait proclam\u00e9e. Que d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements depuis le matin. Avec quelle rapidit\u00e9 le torrent avait d\u00e9bord\u00e9 et qu&rsquo;il est triste de penser qu&rsquo;en quelques heures, quelques milliers d&rsquo;insens\u00e9s ont d\u00e9truit ce qu&rsquo;il avait \u00e9t\u00e9 si difficile d&rsquo;\u00e9tablir : la paix et le bonheur de la France et ont proclam\u00e9, contre la volont\u00e9 du pays, une forme de gouvernement qui depuis quatre mois n&rsquo;a donn\u00e9 \u00e0 la France que de la mis\u00e8re et de la honte. Vers trois heures et demie viennent M. Plichon{{17}}[[17]]Charles-Ignace Plichon, 1814-1888. D\u2019abord avocat saint-simonien, il fut charg\u00e9 par FG en 1841 d\u2019une mission en Orient, puis \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 du Nord en 1846, o\u00f9 il a d\u2019importantes affaires et maire d\u2019Arras. [[17]] et M. de Lavergne ; tous deux sortaient de la Chambre o\u00f9 ils avaient \u00e9t\u00e9 t\u00e9moins de la sc\u00e8ne terrible qui venait d&rsquo;avoir lieu ; ils avaient vu l&rsquo;h\u00e9ro\u00efsme et la noblesse de Mme la duchesse d&rsquo;Orl\u00e9ans, le courageux d\u00e9vouement de M. le duc de Nemours. Mais \u00e0 quoi servaient l&rsquo;h\u00e9ro\u00efsme et le d\u00e9vouement ? Le malheureux peuple \u00e9gar\u00e9 n&rsquo;\u00e9coutait que la voix de ceux qui l&rsquo;entra\u00eenaient \u00e0 sa ruine et s\u00e9duit par les folles th\u00e9ories des uns ou les doctrines corruptrices des autres, chassait un Roi qui avait donn\u00e9 \u00e0 son pays dix-huit ans de gloire et de prosp\u00e9rit\u00e9 et exilait des hommes qui employaient au service de leur patrie tout ce que Dieu leur avait donn\u00e9 de talent, de courage et de sagesse.<\/p>\n\n\n\n<p>M. Plichon et M. de Lavergne se mettent \u00e0 pleurer en nous voyant et j&rsquo;ai eu besoin de bien de la volont\u00e9 pour ne pas les imiter ; tant d&rsquo;\u00e9motions m&rsquo;avaient bris\u00e9e, mais je sentais que ce n&rsquo;\u00e9tait pas le moment de pleurer. Ma grand-m\u00e8re \u00e9tait \u00e9puis\u00e9e par de si violentes secousses et nos larmes lui auraient fait tant de mal. M. Grandpierre vient et nous fait une pri\u00e8re qui nous redonne \u00e0 tous un peu de courage. Pauvre M. Grandpierre ! Sa ch\u00e8re petite fille venait de tomber malade et depuis lors, elle a constamment souffert jusqu&rsquo;au moment o\u00f9 le Seigneur a eu piti\u00e9 de ses pauvres parents et l&rsquo;a reprise \u00e0 Lui. Quelle douleur ! Nous voyons un peu plus tard M. Rousset et Meurand ; ces chers amis \u00e9taient atterr\u00e9s ; nous entendions passer dans la rue les insurg\u00e9s qui revenaient du pillage des Tuileries ; chacun portait au bout de son fusil ou de sa pique un troph\u00e9e de son triomphe ; les livr\u00e9es du Roi, les chapeaux des gardes municipaux, si horriblement massacr\u00e9s \u00e0 quelques pas de nous, au poste du ch\u00e2teau d&rsquo;eau, les robes, les mouchoirs de la Reine ou des Princesses. C&rsquo;\u00e9tait navrant ! Et mon p\u00e8re ? Qu&rsquo;\u00e9tait-il devenu ? Voil\u00e0 ce que nous pensions avec angoisse, ce que tous nos amis nous demandaient. Avait-il pu se sauver ? Avait-il \u00e9t\u00e9 \u00e0 la Chambre ? Ou aux Tuileries ? Nous n&rsquo;avions pas eu de nouvelles de lui depuis la veille au soir, pas un mot depuis qu&rsquo;il nous annon\u00e7ait le changement de minist\u00e8re ; alors il avait tout pr\u00e9vu. \u00c0 cinq heures, nous voyons B\u00e9hier{{18}}[[18]]N\u00e9 en 1813, Louis B\u00e9hier, camarade de classe de Fran\u00e7ois fils, \u00e9tait le m\u00e9decin de famille des Guizot.[[18]] et M. Lemoinne{{19}}[[19]]John Lemoinne, n\u00e9 en 1815 \u00e0 Londres de parents fran\u00e7ais, est entr\u00e9e en 1840 au <em>Journal des d\u00e9bats<\/em>, o\u00f9 il est r\u00e9dacteur en chef, charg\u00e9 de la politique int\u00e9rieure.[[19]]. Quel changement depuis que nous les avions vus ! Le lundi encore ils avaient d\u00e9jeun\u00e9 avec nous et quoique tous deux fussent assez inquiets, qu&rsquo;ils \u00e9taient loin de pr\u00e9voir ce qui arriverait. B\u00e9hier \u00e9tait dans un \u00e9tat d&rsquo;abattement extr\u00eame ; M. Lemoinne bien triste. Pendant cette horrible journ\u00e9e, notre bonne amie Mme Lenormant \u00e9tait dans son lit, tr\u00e8s malade et naturellement, dans une agitation qui augmentait beaucoup la gravit\u00e9 de son mal. Pauvres amis ! Que de peines nous leur avons donn\u00e9 ! \u00c0 sept heures et demie nous nous mettons \u00e0 table ; c&rsquo;\u00e9tait bien pour la forme car Guillaume et Fran\u00e7ois{{20}}[[20]]Fran\u00e7ois Lenormant, n\u00e9 en 1837, fils de M. et Mme Lenormant. [[20]] ont seuls touch\u00e9 au d\u00eener. Le soir, nous voyons encore quelques personnes, de nouveau M. de Lavergne, M. Herbet, Meurand, tous venant nous demander des nouvelles de mon p\u00e8re et par leur inqui\u00e9tude ajoutant \u00e0 la n\u00f4tre d\u00e9j\u00e0 si grande. Quelle angoisse ! Dieu seul sait toutes les pens\u00e9es qui ont travers\u00e9 nos c\u0153urs, nous n&rsquo;osions nous parler de ce qui nous int\u00e9ressait le plus. Je n&rsquo;oublierai jamais la figure de ma grand-m\u00e8re pendant cette soir\u00e9e, elle \u00e9tait \u00e9tendue sur le canap\u00e9 du salon, son corps \u00e9tait bris\u00e9, sa force physique ne pouvait r\u00e9sister \u00e0 une telle journ\u00e9e, mais quelle force d&rsquo;\u00e2me ! Quel admirable calme ! Quelle foi ! Quelle confiance en Celui auquel elle avait cru ! C&rsquo;\u00e9tait entre ses mains qu&rsquo;elle remettait le fils de tant de pri\u00e8res et de tant de larmes, le p\u00e8re des trois enfants agenouill\u00e9s devant elle et qui ne trouvaient comme elle de repos que dans la pri\u00e8re. On a dit avec v\u00e9rit\u00e9 dans le <em>Journal des d\u00e9bats<\/em>, It is during trials like these that we discover the depths of the heart, and nothing makes us appreciate hearts better than to see them at the moment of great suffering! I really felt this during the days of this Revolution when we received so many proofs of affection and devotion, when we learnt to rely on people whom we did not believe to be true friends. At nine o'clock, we went to bed, thinking we wouldn't sleep for a moment and very worried about what would happen during the night; we expected everything from these unfortunate people left to their own devices at the moment of such a surprising triumph and we feared that Paris would be looted or set on fire.<\/p>\n\n\n\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 Dieu, la nuit fut tranquille et nous \u00e9tions si fatigu\u00e9s que nous avons tous bien dormi ; nous avions besoin de prendre un peu de force pour le vendredi qui a \u00e9t\u00e9 si plein de souffrances et de difficult\u00e9s. Le vendredi matin, \u00e0 peine \u00e9tions nous r\u00e9veill\u00e9s qu&rsquo;arrive M. Plichon ; il venait pour savoir des nouvelles de mon p\u00e8re ; \u00e0 cette question : \u00ab o\u00f9 est M. Guizot ? \u00bb, il fallait toujours r\u00e9pondre que nous n&rsquo;en savions rien. Puis vient Corn\u00e9lis de Witt{{21}}[[21]]Corn\u00e9lis de Witt, n\u00e9 en 1829, camarade de coll\u00e8ge de Guillaume, \u00e9pousera Pauline en 1850.[[21]] qui raconte \u00e0 Guillaume le pillage des Tuileries, ensuite M. Coste, M. Rousset, M. Grandpierre qui vient nous dire de la part de M<sup>lle<\/sup> de Chabaud{{22}}[[22]]Rosine de Chabaud-Latour, n\u00e9e le 15 septembre 1794 \u00e0 N\u00eemes, \u00e9tait tr\u00e8s li\u00e9e \u00e0 Mme Guizot et l\u2019avait assist\u00e9e dans ses t\u00e2ches \u00e9ducatives aupr\u00e8s d\u2019Henriette, de Pauline et de Guillaume. Pendant la Terreur, son p\u00e8re, Antoine de Chabaud-Latour, avait \u00e9t\u00e9 cach\u00e9 avec Andr\u00e9 Guizot dans la maison des Bonicel. Ils s\u2019enfuirent l\u2019un et l\u2019autre, mais Andr\u00e9 Guizot fut arr\u00eat\u00e9 et guillotin\u00e9.[[22]] qu&rsquo;elle nous accompagnerait partout o\u00f9 nous irions, car alors on ne pensait plus \u00e0 la rue Ville L\u2019\u00c9v\u00eaque\u202f; c&rsquo;\u00e9tait \u00e0 quitter la France qu&rsquo;il fallait songer. Nous ne sommes pas surpris de l&rsquo;offre de notre ch\u00e8re amie, nous comptions sur elle, mais je ne peux pas dire quel repos et quelle joie cela a \u00e9t\u00e9 pour moi que cette offre, cela a \u00e9t\u00e9 un moment de bonheur au milieu d&rsquo;un grand chagrin. Vers midi, viennent mon oncle, Meurand etc. \u00c0 trois heures, M. Delahante{{23}}[[23]]Ag\u00e9 de 33 ans en 1848, Adrien Delahante (fils) avait fond\u00e9 une banque \u00e0 Paris et acquis des actions de la Compagnie des chemins de fer du Nord. S\u00e9duisant, il vivait en c\u00e9libataire recherch\u00e9 (dont par la trag\u00e9dienne Rachel). Son p\u00e8re, \u00e9galement pr\u00e9nomm\u00e9 Adrien, receveur g\u00e9n\u00e9ral des finances du Rh\u00f4ne avait pr\u00e9t\u00e9 de l\u2019argent \u00e0 Louis-Philippe et \u00e9tait ami des Lamartine.[[23]]. Il venait pour nous emmener ; il voulait nous faire partir tous les trois, Guillaume et nous, par le chemin de fer du Havre, le soir m\u00eame. Cette proposition nous met dans un trouble, dans une anxi\u00e9t\u00e9 terrible ; nous ne savions quel parti prendre. On se d\u00e9cide \u00e0 le prier d&rsquo;aller chez le duc de Broglie savoir ce qu&rsquo;\u00e9tait devenu mon p\u00e8re. Il part\u202f; pendant son absence vient M<sup>lle<\/sup> de Chabaud. We were so happy to see her! We asked her to be ready to leave in the evening. What hours! I didn't know what to think or do. The idea of leaving this mother, who obviously couldn't leave with us, the sight of her grief and worries, were doing me terrible harm, and if I had a little courage and willpower, it was from the goodness of God that I received them; on my own, I was good for nothing. The three of us spent two hours sitting or kneeling before our mother, embracing her, trying to console her, reading her one of God's promises of mercy from time to time, and praying with her at all times. At five o'clock, Mr Delahante returned. He had not found the Duc de Broglie, so we had to decide without knowing where my father was, without his advice; we had to judge for ourselves what to do. On the one hand, we were pushed to leave by Mr Delahante and Madame Lenormant, who thought it essential for my father's peace of mind; on the other, we were held back by our own hearts, which bound us to this old and exhausted mother who had been so much to us. There was a moment when it seemed to me that all my judgement had gone and that I wouldn't be able to make up my mind. However, we gave in to the prayers and advice of our friends and resolved to leave that very evening at ten o'clock. Mr Delahante was to pick us up and take us to the railway, while Mr Meurand was to take Mr Delahante and Mr Meurand to the railway.<sup>lle<\/sup> de Chabaud.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter\"><a href=\"https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/barricade-paris-1848-300x232.jpg\" class=\"lightbox\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"300\" height=\"232\" src=\"https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/barricade-paris-1848-300x232.jpg\" alt=\"Barricades on rue Saint-Maur. Before the attack, 25 June 1848. After the attack, 26 June 1848 \u00a9 Photo RMN-Grand Palais - H. Lewandowski\" class=\"wp-image-8996\" title=\"Barricades on rue Saint-Maur. Before the attack, 25 June 1848. After the attack, 26 June 1848 \u00a9 Photo RMN-Grand Palais - H. Lewandowski\" srcset=\"https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/barricade-paris-1848-300x232.jpg 300w, https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/barricade-paris-1848-1024x795.jpg 1024w, https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/barricade-paris-1848.jpg 1400w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai eu bien plus de repos quand ce parti a \u00e9t\u00e9 pris. Il n&rsquo;y a rien de pire dans un moment pareil que l&rsquo;incertitude ; il nous restait, cependant, un bien grand poids ; rien de mon p\u00e8re, pas un mot de lui depuis le mercredi soir. \u00c0 six heures nous voyons arriver M. Piscatory{{24}}[[24]]Th\u00e9obald-\u00c9mile Arcambal Piscastory, 1800-1870, d\u00e9put\u00e9 d&rsquo;Indre-et-Loire depuis 1832, diplomate, ami de Guizot.[[24]]. Il nous a sembl\u00e9 voir un sauveur, car il savait o\u00f9 \u00e9tait mon p\u00e8re. Il a dit \u00e0 bonne-maman que mon p\u00e8re \u00e9tait parti mais il a emmen\u00e9 Henriette dans le salon d&rsquo;apr\u00e8s et il lui dit qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas parti, qu&rsquo;il ne partirait peut-\u00eatre pas de quelques jours, mais que pour nous il n&rsquo;y avait pas \u00e0 h\u00e9siter, qu&rsquo;il fallait aller en Angleterre le plus t\u00f4t possible, que ce serait pour mon p\u00e8re un grand repos que de nous savoir l\u00e0. La soir\u00e9e se passe bien, bien tristement. Avant le d\u00eener Henriette avait dit adieu \u00e0 M. Lemoinne, \u00e0 M. Rousset etc. Chaque moment qui s&rsquo;\u00e9coulait nous rapprochait de la s\u00e9paration et je ne me lassais pas de regarder, d&#8217;embrasser cette m\u00e8re \u00e0 laquelle il faudrait dire adieu. M. Plichon, M. Coste viennent, en les quittant, nous leur serrons la main pour leur faire comprendre que c&rsquo;\u00e9tait la derni\u00e8re fois\u202f; Meurand vient, Mme Lenormant arrange avec lui tous les plans pour le d\u00e9part\u202f; comme il \u00e9tait triste ! Nous attendons jusqu&rsquo;\u00e0 onze heures moins un quart M. Delahante. Nous croyions prendre le train du chemin de fer de onze heures du soir et nous ne comprenions pas ce retard. Il arrive avec M. Berry. Le chemin de fer \u00e9tait coup\u00e9\u202f; on n&rsquo;en dit rien \u00e0 ma grand-m\u00e8re et nous nous pr\u00e9parons \u00e0 partir. Les pr\u00e9paratifs n&rsquo;\u00e9taient pas longs \u00e0 faire, car pour tout paquet, nous mettons dans la giberne de M. Delahante des bas et des mouchoirs. M. Berry se charge de Guillaume, pauvre enfant qui \u00e9tait si triste de quitter tant d&rsquo;amis et son coll\u00e8ge. Son chagrin me faisait mal, quoiqu&rsquo;il le montr\u00e2t bien peu. Nous lui disons adieu, puis \u00e0 notre m\u00e8re, \u00e0 toute cette famille \u00e0 laquelle nous devions tant, \u00e0 ma ch\u00e8re Rose qui fondait en larmes, \u00e0 plusieurs de nos domestiques qui \u00e9taient l\u00e0 et dont la plupart nous a donn\u00e9 des preuves de d\u00e9vouement que nous n&rsquo;oublierons pas. C&rsquo;est une de ces minutes qui comptent pour des heures dans la vie, qu&rsquo;on se rappelle toujours, mais qu&rsquo;on ne raconte jamais. Je pars avec M. Delahante, Henriette avec M. Lenormant. Il faisait un temps affreux et nous traversons le boulevard par une pluie battante ; nous sommes oblig\u00e9es de passer par dessus plusieurs barricades. Henriette n&rsquo;ayant pas pris le m\u00eame chemin que moi, en franchit une tr\u00e8s haute et s&rsquo;entend dire par les hommes qui la gardaient \u00ab prenez garde \u00e0 vos pieds, Madame \u00bb. Cette phrase dite par des hommes arm\u00e9s, coiff\u00e9s de bonnets rouges et gardant avec des torches les barricades produisait un singulier effet. Il y a dans le peuple fran\u00e7ais un m\u00e9lange bizarre de politesse et de grossi\u00e8ret\u00e9. J&rsquo;arrive chez M. Delahante \u00e0 onze heures et demie, tr\u00e8s mouill\u00e9e, tr\u00e8s fatigu\u00e9e et bien triste. Je croyais trouver une femme pour nous recevoir ; je ne sais pourquoi nous nous figurions qu&rsquo;il \u00e9tait mari\u00e9 et nous sommes tr\u00e8s troubl\u00e9es en arrivant de voir qu&rsquo;il n&rsquo;est pas mari\u00e9. Henriette vient dix minutes apr\u00e8s moi. M. Lenormant nous quitte. En le voyant partir, il m&rsquo;a sembl\u00e9 que le dernier lien se brisait et que nous \u00e9tions abandonn\u00e9es compl\u00e8tement \u00e0 nous-m\u00eames. M. Delahante, par une pr\u00e9caution bien inutile, nous fait travailler avant de nous coucher, \u00e0 d\u00e9marquer le peu de linge que nous avions. Nous nous sentions tr\u00e8s mal \u00e0 notre aise dans ce petit salon, toutes seules avec un jeune homme que nous avions vu tr\u00e8s rarement. C&rsquo;\u00e9tait tr\u00e8s embarrassant, mais que faire\u202f? Nous ne pouvions qu&rsquo;attendre. \u00c0 minuit, M. Delahante nous quitte ; nous nous couchons. Il nous avait donn\u00e9 sa chambre et avec une d\u00e9licatesse charmante, il est all\u00e9 passer la nuit au corps de garde. J&rsquo;\u00e9tais si fatigu\u00e9e que j&rsquo;ai dormi cette nuit-l\u00e0, Henriette pas du tout. Le samedi matin \u00e0 sept heures, nous nous levons, esp\u00e9rant bien partir dans la journ\u00e9e. Nos robes, jupons, etc. \u00e9taient si crott\u00e9s que nous passons plus d&rsquo;une heure \u00e0 les brosser. Nous nous habillons, nous coiffons \u00e0 grand peine ; c&rsquo;\u00e9tait la premi\u00e8re fois. Vers dix heures, M. Delahante vient nous voir et nous quitte pour aller chercher un moyen de nous faire partir. Nous d\u00e9jeunons dans notre chambre. Il nous d\u00e9fendait d&rsquo;aller dans le salon et nous enfermait au verrou. \u00c0 deux heures il revient ; pas de moyen de partir ce jour-l\u00e0. Voyant cela nous le prions d&rsquo;aller chercher M<sup>lle<\/sup> de Chabaud or M<sup>lle<\/sup> Wisley. It was impossible for us to stay alone with him any longer and it was difficult to tell him. At last he understood and sent for M<sup>lle<\/sup> Wisley. What a pleasure it was for us to see her again. We had been separated for three days, and what days they were! They seemed like years.<\/p>\n\n\n\n<p>Le samedi se passe\u202f; le dimanche matin nous pers\u00e9cutons M. Delahante pour nous faire partir ; il y \u00e9tait peu dispos\u00e9. Nous \u00e9tions tr\u00e8s inqui\u00e8tes de l&rsquo;id\u00e9e que mon p\u00e8re pourrait arriver en Angleterre nous y croyant trouver et nous savions combien il serait tourment\u00e9 de ne pas nous y voir. Et puis ces heures, ces journ\u00e9es pass\u00e9es dans l&rsquo;inaction mat\u00e9rielle la plus compl\u00e8te, tandis que l&rsquo;esprit \u00e9tait si agit\u00e9, le coeur si pr\u00e9occup\u00e9, \u00e9taient tellement p\u00e9nibles qu&rsquo;il nous semblait que le voyage, en nous obligeant de penser \u00e0 autre chose nous ferait du bien. En voyant, le dimanche matin, passer sous les fen\u00eatres les personnes qui se rendaient \u00e0 la R\u00e9demption{{25}}[[25]]\u00c9glise luth\u00e9rienne de la R\u00e9demption.[[25]] (la maison de M. Delahante est rue Chauchat, 17), mon c\u0153ur se serrait\u202f; je pensais que le dimanche d&rsquo;apr\u00e8s je serais bien loin de tous mes amis et je ne peux pas dire combien cette journ\u00e9e a \u00e9t\u00e9 triste. M. Delahante ne revient que pour le d\u00eener\u202f; il avait pass\u00e9 sept heures \u00e0 la <em>Grande Revue<\/em> and consequently had been unable to arrange for us to leave. He asked our permission to dine with us; this scruple would have amused us if anything could have amused us at that moment. In the evening, he gave us the great pleasure of going to ask Mr Berry to bring Guillaume to us. We are very, very happy to see our dear brother again; he was as bored as we were in his solitude and, like us, was in a great hurry to leave. We went to bed at eleven. On Monday morning, we begged Mr Delahante to see if he could find a way for us to leave France. The day passed without us seeing him again. Nothing was more painful than this uncertainty, this impossibility of knowing what we were going to do an hour later.<\/p>\n\n\n\n<p>Finally, at five o'clock, Mr Delahante returned and told us that we would be leaving in the evening. One of his uncles, the commander of the Senlis National Guard, had come to spend the day in Paris and Mr Delahante had said to him: \u00abProvidence has sent you; you are going to take Mr Delahante to Paris.<sup>lles<\/sup> Guizot. His uncle accepted the proposal with a kindness that we shall never forget. We sent for the essentials from Mme Lenormant, telling her that we were leaving that very evening. M. Berry brought Guillaume to dinner to bid us farewell, and at eight o'clock we climbed into M. Charles Delahante's carriage, without, so to speak, M. Adrien Delahante having allowed us to thank him for all the friendship he had shown us and the care he had given us. We took an English passport with us and Mr A. Delahante gave us a man we trusted, who had been very helpful, to accompany us as far as Boulogne. We crossed Paris. The barricades were being torn down and cars were once again making their way through the streets. My heart sank with every step that took us a little further away from our mother and all the friends we had left behind without even being able to say goodbye to them. Our journey went very smoothly and at two o'clock in the morning we arrived in Senlis, at the home of Mr C. Delahante, where we were to spend the night. The door was opened by a maid who was still rubbing her eyes and who was obviously very disturbed to see three women she had never seen before arrive at this hour. Mrs Delahante was, of course, in bed, and as we crossed the garden to get to the house, Mr Delahante warned us not to make any noise for fear that his wife might think she heard thieves and fire a pistol at us through the window; the prospect was not very pleasant, so we entered as quietly as possible, into a large house which might have been beautiful if it had been well arranged, but which was very cold, very damp and looked very uncomfortable. We were taken to Mr Delahante's room where a fire was lit for us with great difficulty while beds were being prepared. After waiting for half an hour, we went, Mr. Delahante and I, to our room.<sup>lle<\/sup> Wisley went to bed on the first floor and the two of us on the ground floor in a large room that looked as if it had never been lived in. At half past three we went to bed in a very damp bed, but we were so tired and so tired that we couldn't sleep. <em>sleepy<\/em> that we soon fell asleep. On Tuesday morning, at nine o'clock, the maid came to wake us up; as we had to pass for Englishwomen, we spoke to her in Anglo-French jargon, but it seems that our accent was rather strange, because the maid said to her mistress \u00abah, Madame, you can tell they are Englishwomen; they speak a Gascon\u00bb. We got dressed and at half past ten we went downstairs for lunch. We found Mme Delahante downstairs, who welcomed us with touching kindness and affection. During these days of hardship we had moments of real consolation, finding in people we hardly knew a sympathy that did good to our deeply sad hearts.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter\"><a href=\"https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/gare-creil-300x217.jpg\" class=\"lightbox\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"300\" height=\"217\" src=\"https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/gare-creil-300x217.jpg\" alt=\"Baldus Edouard (1813-1889) View of Creil station, photograph, 19th century \u00a9 RMN-Grand Palais (domaine de Compi\u00e8gne)\" class=\"wp-image-8997\" title=\"Baldus Edouard (1813-1889) View of Creil station, photograph, 19th century \u00a9 RMN-Grand Palais (domaine de Compi\u00e8gne)\" srcset=\"https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/gare-creil-300x217.jpg 300w, https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/gare-creil.jpg 475w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p>At midday, Mrs Delahante, Mr<sup>lle<\/sup> Wisley and I got in the car to go to Creil (a station on the Chemin de Fer du Nord, two leagues from Senlis). When we got to Creil, we entered the waiting room, which was too pompous a name for the dirty little room it was. The troops garrisoned at Creil filled the 1<sup>re<\/sup> All the travellers were in the same room; even if there had been no soldiers there, was it not necessary in the early days of the republican regime to have that touching fraternity which would abolish all distinctions, destroy rank and fortune and establish complete equality between the rich and the poor, the learned and the ignorant, the philanthropist and the convict? We waited for an hour in this room which contained, apart from us, only people of the lowest class: women of the people, very dishevelled children, a few soldiers who smoked their pipes while occupying in turn the only chair there was in the room, peasants and a very ugly, very dirty and very talkative man, who made great speeches about Louis Philippe, Guizot and the Republic and said that they were very stupid to believe that their Republic could work in France, that a King was needed. One hour was a long time in such company, obliged to remain standing, to listen to all the speeches and to endure the smell of coal and pipes which combined pleasantly. Finally we went outside to sit down, despite the very cold wind; anything was better than the waiting room. At half past two the train finally arrived. It was the first to leave since the insurgents, now our masters, had cut the rails and burnt the Asni\u00e8res bridge. We hurried to find seats and found three in one carriage; we needed four. As we turned round, we saw Mr Plichon leaving for the North; he let the Duc de Liancourt off, who was kind enough to give us his seat and prepared to ask us some very embarrassing questions, or to say things to us that were too friendly for the place. M<sup>lle<\/sup> Wisley, wanting to cut things short, said to him: \u00abWell, we are going to Boulogne and how do you do? He replies without hesitation: \u00bbVery well thank you\u00ab, which leads us to assume that he knows English.<\/p>\n\n\n\n<p>We got into the carriage and managed to give the Duc de Liancourt back his seat. In the carriage with us were two young girls who appeared to be English, a very sick young man and an elderly lady, all of them <em>of the same party<\/em>. At Liancourt the Duke left us and we remained in complete silence. All three of us were reluctant to talk and, not wanting to speak English in front of people who would have immediately recognised our bad accent, we preferred to keep quiet. We arrived in Amiens at half past five, in dreadful weather. There we met Mr Plichon, who told us that instead of taking the branch line to Lille as he had intended, he would accompany us to Boulogne. At first we refused, but the offer was made with such simplicity and friendship that there was no way we could not accept it, and Mr Plichon sent his servant to his brother in Bailleul to tell him not to wait for him for a few days, and came with us to a hotel where we were to dine and wait for the train to Boulogne, which was not due to leave until midnight. We had a very bad dinner there, to the great despair of Mr Plichon who could not console himself with seeing us dine on beef in the form of jugged hare and other such dishes. In the evening we had the idea of going to see the cathedral, which has a great reputation, but the rain prevented us from doing so and we stayed at the H\u00f4tel de France. At ten o'clock, Mr Plichon decided that he wanted us to have some tea; we asked a servant for some, who replied as confidently as if caravan tea had been at his disposal, and ended up bringing us two kinds of tea that were very bad and tasted even worse, because, as Mr Plichon put it, it was more like wormwood than tea.<\/p>\n\n\n\n<p>At half past eleven we went to the station, after an energetic struggle between Mr Plichon and Tissot (Mr Delahante's servant); both wanted to pay for dinner. Tissot defended himself so vigorously with the phrase \u00abMonsieur, when it comes to orders, I only know Mr Delahante's\u00bb that Mr Plichon was forced to give in and admit that Tissot was the only man he had ever met who was more stubborn than he was. We waited quite a long time at the station; finally at half past midnight we boarded the train and took a carriage for the five of us, designed to hold eight people. By all sorts of tricks, we continued to be the only owners of it as far as Abbeville and we did this part of the route, M<sup>lle<\/sup> Wisley, Henriette and I, very comfortably stretched out. At Abbeville, two gentlemen came to disturb us. At three o'clock in the morning we arrived at Neufchatel; there the railway stopped and we had to get into the little omnibuses that took passengers to Boulogne. We rushed towards these small, very inconvenient vehicles; we managed to get into one of them, where there were soon infinitely more people crammed in than there should have been on a regular basis. Henriette had a large Englishman next to her, not at all a gentleman, who had certainly drunk a lot of gin or whisky and who was particularly keen to know where we were going and where we had come from.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter\"><a href=\"https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/port-boulogne-300x221.jpg\" class=\"lightbox\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"300\" height=\"221\" src=\"https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/port-boulogne-300x221.jpg\" alt=\"F.NASH , engraved by Salath\u00e9. Aquatint circa 1840. BOULOGNE Exit from the port. \" class=\"wp-image-8998\" title=\"F.NASH , engraved by Salath\u00e9. Aquatint circa 1840. BOULOGNE Exit from the port. \" srcset=\"https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/port-boulogne-300x221.jpg 300w, https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/port-boulogne.jpg 700w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter\"><a href=\"https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/packetboat-300x213.jpg\" class=\"lightbox\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"300\" height=\"213\" src=\"https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/packetboat-300x213.jpg\" alt=\"Liner Dover 1848\" class=\"wp-image-7575\" title=\"Liner Dover 1848\" srcset=\"https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/packetboat-300x213.jpg 300w, https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/packetboat.jpg 707w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p>After a very unpleasant two-hour journey, we entered Boulogne. We were told that the first liner was leaving at half past six; it was half past five. There was no time to lose. We set off from where the omnibuses stop in the pouring rain. At the beginning of March (it was the 1<sup>er<\/sup> March) it wasn't daylight yet at half past five and we headed for the police station where we were given a permit to embark. The rain was lashing us in the face, the wind was closing the only umbrella the five of us had, it was very cold and everything contributed to stopping us in our tracks and making this journey very difficult. Mr Plichon gave me his big white burnous to wrap myself in; Henriette put on the tartan shawl that Mr A. Delahante had given us, and so guaranteed, we continued our walk. After six o'clock, we arrived at the office; our passports were checked and we were given our embarkation permit. Mr Plichon presented his passport, but was told that it was only for the interior and that he could not be given a permit. This upset us greatly, as Mr Plichon absolutely wanted to come with us as far as London. So what should we do? We got Tissot to give us a permit to embark, as his passport for England allowed it, and we left the office to go to the liner. On the way Mr Plichon and Tissot changed passports, Tissot not having to accompany us to England had no need of a permit to embark and we boarded the Malle liner which we were told would be leaving in a quarter of an hour. We settled in quite comfortably, hoping to fall asleep before the liner left. We were just starting to sleep when we were rudely awakened and told that the liner would not be leaving for another hour or two and that we had to hurry and get on another ship that would be passing by. We left in a hurry, accompanied by the Commissioner of the Republic, who was very unhappy about this change and complained a lot about having to run in this dreadful weather. The fact is that it was very bad. Our feet were wet and we weren't very happy with the change. We barely had time to get on the liner as it was leaving, when our two overnight bags were thrown over us and we went into the women's cabin, where we were completely seasick for three hours; the sea was very bad and for our first passage, it was a bit rough. Our poor friend M<sup>lle<\/sup> Wisley was having veritable attacks of nerves, so much was she suffering, and the moans of the women around us only added to the unpleasantness of our own suffering. I was very ill, but I don't understand why people say that if you were to throw yourself over the bridge, they wouldn't object. I'm perfectly sure that I would have objected in all sorts of ways, and I used to find the strength to get up and look at what M<sup>lle<\/sup> Wisley and Henriette. However, I suffered a lot and, when I got off the liner, I was very exhausted and very pale when I looked at myself in the little mirror in the cabin, probably to give the women the pleasure of finding themselves much uglier than usual. I saw myself very ugly and very changed, so I took the liberty, even in the midst of my fatigue, of making fun of Mr Plichon, who kept saying \u00abPoor angels! I hoped and still hope that angels are much prettier than we were then.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter\"><a href=\"https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/train-dover-londres-300x206.jpg\" class=\"lightbox\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"300\" height=\"206\" src=\"https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/train-dover-londres-300x206.jpg\" alt=\"Train to Dover\" class=\"wp-image-7577\" title=\"Train to Dover\" srcset=\"https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/train-dover-londres-300x206.jpg 300w, https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/train-dover-londres-1024x703.jpg 1024w, https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/train-dover-londres.jpg 1359w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p>We are on our way to <em>cab<\/em> at <em>Royal George's Hotel<\/em>, We left our modest overnight bags, which certainly didn't contain any contraband, in the care of an extremely polite young customs clerk. Once at the hotel, we started to recover and we were able to wash up completely to our great satisfaction, as we were not very presentable after this trip. We had lunch, or rather the rest of the company had lunch without me; I was still too ill. We rested and at two o'clock we left the <em>Royal George<\/em>, I told the master our name, so that my father would know as soon as he arrived that we were in England. Still no news from him. God only knows what those days of anguish had been like! We left for London on the two-hour train. At Folkestone station we were greeted by a vigorous \u00abhurra\u00bb from the master of the <em>Royal George<\/em>, who wanted to say goodbye.<\/p>\n\n\n\n<p>We arrived at London Bridge, the railway landing stage. There we found a railway employee who told us that there was still no news of the King or my father and gave us the news. The master of the <em>Royal George<\/em> had said our name in Folkestone, so we were treated with all sorts of respect on the way. We take a <em>cab<\/em> and we're off to Bryanstone Square, to Mr. Broadwood's, to whom M<sup>lle<\/sup> Wisley had written to ask him to reserve a flat for us. It was dark (seven o'clock) and we found the city immense, but very sad and dark. At Bryanstone Square we were told that Mr Broadwood was in Scotland. A great disappointment. We had counted on him. Mr Plichon told us about a small hotel he knew in Manchester Street. We went there and with great difficulty found a flat. It was as ugly and cold as could be. We were given a very English dinner, after which M<sup>lle<\/sup> Wisley and Mr Plichon went out to take a letter to Mr Broadwood to tell William, who was due to arrive in Bryanstone Square, where we were. They came back at ten o'clock and found us both alone in this big sitting room, very sad and tired. Until then I had needed all my strength and I had not lacked it, but this evening I was more despondent than I can say. I felt completely isolated and abandoned, and the very sad flat we were in did nothing to revive me. We went to bed.<\/p>\n\n\n\n<p>The next morning, 2 March, after breakfast, we saw Mr Tom Broadwood enter, who, having recognised his brother's handwriting as that of M<sup>lle<\/sup> Wisley, came to see us. We told him we didn't know where to stay or what to do while we waited for my father. He replied with that perfect English simplicity: \u00abBut why don't you come and stay at Bryanstone Square? M<sup>lle<\/sup> Wisley agreed and we told him that we would come and settle in during the day. It was a great rest to feel that we had a home to come to. <em>home<\/em>. Nous voyons M. de Rabaudy{{26}}[[26]]M. de Rabaudy est le chancelier, c\u2019est-\u00e0-dire le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral, de l\u2019ambassade de France \u00e0 Londres. Il est d\u00e9j\u00e0 en poste quand Guizot devient ambassadeur. Apr\u00e8s la r\u00e9volution de 1848, il semble avoir \u00e9t\u00e9 mis en disponibilit\u00e9. En effet, en juillet 1849, Henry Reeve intervient aupr\u00e8s de Tocqueville ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res pour qu\u2019il soit r\u00e9int\u00e9gr\u00e9 dans la fonction publique.[[26]] et Lady Alice Peel{{27}}[[27]]Alice Kennedy, fille du douzi\u00e8me comte de Cassilis, n\u00e9e en 1805, est l\u2019\u00e9pouse de John Peel, fr\u00e8re cadet de l\u2019ancien Premier ministre. Elle est li\u00e9e depuis longtemps avec Doroth\u00e9e de Lieven et par l\u00e0 avec FG. [[27]], qui nous font du bien par leur amiti\u00e9. Il y avait eu la veille huit ans que M. de Rabaudy avait vu mon p\u00e8re arriver \u00e0 Londres comme ambassadeur ; on pouvait bien dire avec v\u00e9rit\u00e9 \u00ab Que les temps sont chang\u00e9s ! \u00bb Vers deux heures, nous quittons Ford&rsquo;s Hotel et nous allons faire quelques emplettes \u00e0 Londres. M. Plichon nous dit adieu et part pour retourner chez lui. Il a \u00e9t\u00e9 pour nous pendant ces jours l&rsquo;ami le meilleur et le plus d\u00e9vou\u00e9 et cela dans un moment o\u00f9 les preuves d&rsquo;affection nous \u00e9taient si pr\u00e9cieuses. Nous revenons \u00e0 Bryanston Square : toujours rien de mon p\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain nous voyons beaucoup de monde. Enfin le soir \u00e0 six heures, M. de Rabaudy arrive avec la nouvelle de l&rsquo;arriv\u00e9e de mon p\u00e8re \u00e0 Douvres ; elle \u00e9tait dans un journal anglais. Nous ne pouvions pas la croire. M. de Rabaudy nous dit qu&rsquo;il va au chemin de fer attendre l&rsquo;arriv\u00e9e du train. Combien j&rsquo;ai demand\u00e9 \u00e0 Dieu de nous soutenir si cela devait \u00eatre une fausse esp\u00e9rance. Un peu plus tard, viennent M. Libri et M. Panizzi{{28}}[[28]]Anthony Panizzi, n\u00e9 en 1787 pr\u00e8s de Mod\u00e8ne, ancien carbonaro install\u00e9 en Angleterre depuis 1822, est entr\u00e9 au British Museum, dont il dirige la biblioth\u00e8que, en 1831. Il joue \u00e9galement un r\u00f4le politique. [[28]] ; tous deux venaient de voir le journal et esp\u00e9raient bien que c&rsquo;\u00e9tait vrai. Nous osions \u00e0 peine nous laisser aller \u00e0 le croire et pourtant le coeur est si dispos\u00e9 \u00e0 croire ce qu&rsquo;il esp\u00e8re ! Nous nous mettons \u00e0 table, tous \u00e9coutant le moindre bruit. \u00c0 sept heures, une voiture s&rsquo;arr\u00eate devant la porte ; mon premier mouvement est de me lever et de dire \u00ab c&rsquo;est lui \u00bb. M<sup>lle<\/sup> Wisley, Henriette ne veulent pas me laisser regarder. On entend des pas dans l&rsquo;antichambre. On ouvre la porte. C&rsquo;\u00e9tait bien lui. Mon dieu, Toi seul sais ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 dans nos coeurs pendant ce moment de bonheur comme il y en a bien peu dans cette vie. Je ne peux rien dire l\u00e0-dessus ; je ne peux d\u00e9crire l&rsquo;instant o\u00f9 nous avons \u00e9t\u00e9 dans ses bras ; c&rsquo;est un souvenir qui est entr\u00e9 trop profond\u00e9ment dans mon \u00e2me pour que je le raconte. Mais, comme le disait mon p\u00e8re un moment apr\u00e8s \u00ab il y a de bien grandes compensations dans la vie, les plus grandes joies apr\u00e8s les plus grandes douleurs \u00bb. \u00ab Mon p\u00e8re, mon p\u00e8re \u00bb nous ne pouvions que dire et r\u00e9p\u00e9ter cela en le regardant. Il \u00e9tait bien p\u00e2le et bien fatigu\u00e9 ; il avait tant souffert ! Son voyage avait \u00e9t\u00e9, gr\u00e2ce \u00e0 Dieu, tr\u00e8s facile. Apr\u00e8s \u00eatre sorti le jeudi 24 du minist\u00e8re de l&rsquo;Int\u00e9rieur vers une heure, il avait \u00e9t\u00e9 cach\u00e9 par Mme Duch\u00e2tel{{29}}[[29]]Egl\u00e9 Paul\u00e9, fille du premier lit de la g\u00e9n\u00e9rale Jacqueminot, devenue Mme Duch\u00e2tel en 1839.[[29]] chez une porti\u00e8re de la rue Vanneau. Le soir, Mme de Mirbel{{30}}[[30]]Aim\u00e9e de Mirbel, n\u00e9e en 1796, miniaturiste de grand talent, \u00e9pouse de l&rsquo;illustre botaniste Charles Fran\u00e7ois de Mirbel. [[30]] \u00e9tait venue le chercher et l&rsquo;avait habill\u00e9 en femme pour l&#8217;emmener chez elle. L\u00e0, elle l&rsquo;a cach\u00e9 et soign\u00e9 avec une amiti\u00e9 infatigable jusqu&rsquo;au mercredi 1<sup>er<\/sup> March, where he left with a friend who took him to Brussels on the Northern Railway as his valet. There my father was out of danger and at Ostend he took the steamer to Dover. He was not recognised en route, even though he waited an hour and a quarter at the Gare du Chemin de Fer du Nord in Paris, as the train that was due to leave at seven o'clock did not leave until quarter past eight. I cannot think of those sad days without crying out from the bottom of my heart with the psalmist: \u00abMy soul, bless the Lord and do not forget a single one of his benefits\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>My father arrived on Friday 3 March, at seven o'clock in the evening. On Saturday 4th, at half past six, we were having dinner when our brother arrived, and we weren't expecting him at all. Dear Guillaume! All that was missing from our joy was our mother. But to see her again, we had to wait another fortnight. It was on Thursday 17th that she came to London with M<sup>lle<\/sup> of Chabaud. She had endured the journey perfectly and was not very tired. What a joy it was to see her again, and how good of God to allow us to see her before taking her back to Him. Her first words as she embraced my father were \u00abNow I can die in peace\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter\"><a href=\"https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/pelham-e1367331119441.jpg\" class=\"lightbox\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"298\" height=\"197\" src=\"https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/pelham-e1367331119441.jpg\" alt=\"Pelham Crescent 1830\" class=\"wp-image-3897\" title=\"Pelham Crescent 1830\"\/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p>We had rented a small house and on Saturday 19th we moved to Brompton where we still are. That day we were sad to part company with M<sup>lle<\/sup> Wisley whom we love so much and who has been so devoted to us in times of trial as well as in times of prosperity. There have been many sacrifices during these weeks and I don't want to count all the regrets. The first week we spent here was very quiet; our good mother was well enough and although she was a little lonely in this foreign country, she seemed happy in our midst. However, at the end of the week, she began to feel tired and to cough; her cold worried us a little. But by Thursday, she was much better and we felt very reassured. On Tuesday morning, as she was getting dressed, she said to Henriette: \u00abHurry up and get dressed, I'm tired, I want to sit down\u00bb. She went downstairs to the living room. Henriette and I were getting dressed when M<sup>lle<\/sup> de Chabaud came to call us, because she was very shivery and in a lot of pain. We try to warm her up. The day passed. At five o'clock Dr Holland, whom my father had sent for, arrived. He thinks it's not very serious, but says he can't vouch for anything. During the night M<sup>lle<\/sup> de Chabaud and Henriette looked after Granny. She was rather better. Dr. Holland came on Wednesday around noon. He ordered a few little remedies during the day. Bonne-maman, who had taken our room, got up a little and stretched out on the sofa. She was no worse for wear. During the night of Wednesday to Thursday, she suffered quite a lot of stomach pains and tightness. We were very worried; she was agitated and, although very patient, was nowhere to be found.<\/p>\n\n\n\n<p>Miss Hallam{{31}}[[31]]Julia Hallam est la fille d\u2019Henry Hallam, historien anglais d\u2019opinion lib\u00e9rale dont FG avait publi\u00e9 en 1828 une traduction de l\u2019Histoire constitutionnelle d\u2019Angleterre et qui \u00e9tait devenu, \u00e0 l\u2019occasion de l\u2019ambassade de 1840 et surtout durant l\u2019exil de 1848-1849, un ami tr\u00e8s proche.[[31]] vient me chercher pour me promener le jeudi \u00e0 deux heures et nous allons voir Mme Austin{{32}}[[32]]Sarah Taylor, 1793-1867, \u00e9pouse de John Austin, traductrice c\u00e9l\u00e8bre. Elle v\u00e9cut en France de 1843 \u00e0 1848.[[32]] ; elle revient avec nous \u00e0 Brompton, toujours si bonne et si d\u00e9vou\u00e9e. \u00c0 quatre heures le Dr. Holland vient. Il trouve notre m\u00e8re plus mal et dit m\u00eame \u00e0 Mme Austin qu&rsquo;il n&rsquo;y a plus d&rsquo;espoir. Tant d&rsquo;angoisses et de chagrins avaient consum\u00e9 le peu de forces physiques qui restaient \u00e0 cette femme tellement \u00e9prouv\u00e9e. C&rsquo;\u00e9tait une lampe qui s&rsquo;\u00e9teignait doucement. La nuit du jeudi au vendredi a \u00e9t\u00e9 bien p\u00e9nible. Mon p\u00e8re et M<sup>lle<\/sup> de Chabaud took it in turns to stay up. Bonne-maman suffered from a very painful restlessness. During the night, Mlle de Chabaud would repeat to her over and over again some passage from the Bible; she would read psalms to her, including psalm CXXI. Our mother found strength and submission in this, and said to Mlle de Chabaud: \u00abI'm going away very happy; I know whom I have believed in. On Friday, life passed quickly; but she suffered very little and nothing, nothing in the world can convey the expression of joy and peace on her face. She still saw us at two o'clock; she often called for Guillaume; in life, as at the moment of death, he was her great preoccupation. Right up to the last moment, she retained all her faculties, but at four o'clock she could no longer see and could hardly hear.<sup>lle<\/sup> de Chabaud came to her bed and said: \u00abDear friend, you recognise me, don't you? The Lord Jesus is with you\u00bb. She half-opened her dying eyes and her gaze said more than any words could. There was an unspeakable confidence and happiness in that farewell look; it seemed as if she was already seeing the Saviour who was holding out his arms to her. At half past seven she fell asleep in the Lord's arms, and her last breath was so sweet and peaceful that we, who were kneeling beside her bed in silence and meditating in the presence of the angels of God who had come to take the soul of our blessed mother to Heaven, did not hear it. Henriette, who was holding her hand, was the only one able to catch her last breath, which was neither painful nor distressing. The Spirit of God was in our midst, in that room of death, and however great the trial, however painful the separation, we could say from the bottom of our hearts: \u00abBlessed are the dead who die to the Lord. Yes, says the Spirit, for they rest from their labours and their works follow them\u00bb.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u202fUn mois de 1848\u202f\u00bb Brompton, 6 ao\u00fbt 1848 J&rsquo;ai voulu ma ch\u00e8re s\u0153ur, \u00e9crire pour toi nos souvenirs de ces tristes journ\u00e9es que nous avons travers\u00e9es ensemble, du 22 f\u00e9vrier \u00e0 la fin de mars ; il y a eu dans ce mois de quoi remplir bien des ann\u00e9es et j&rsquo;ai pens\u00e9 que tu aimerais [&hellip;]<\/p>","protected":false},"author":1,"featured_media":2195,"parent":5913,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"class_list":["post-5908","page","type-page","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","page_tags-222","page_tags-coste","page_tags-fuite-en-angleterre","page_tags-henriette","page_tags-pauline","page_tags-recit"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.guizot.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/5908","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.guizot.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.guizot.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.guizot.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.guizot.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5908"}],"version-history":[{"count":97,"href":"https:\/\/www.guizot.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/5908\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":11934,"href":"https:\/\/www.guizot.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/5908\/revisions\/11934"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.guizot.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/5913"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.guizot.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2195"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.guizot.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5908"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}