{"id":5908,"date":"2011-09-02T14:30:57","date_gmt":"2011-09-02T12:30:57","guid":{"rendered":"https:\/\/www.guizot.com\/?page_id=5908"},"modified":"2025-11-25T12:13:39","modified_gmt":"2025-11-25T10:13:39","slug":"pauline-guizots-account","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.guizot.com\/en\/family-writings\/pauline-guizots-account\/","title":{"rendered":"Story by Pauline Guizot"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab\u202fUn mois de 1848\u202f\u00bb<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter\"><a href=\"https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/Pauline-Guizot-194x300.jpg\" class=\"lightbox\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"194\" height=\"300\" src=\"https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/Pauline-Guizot-194x300.jpg\" alt=\"Ad\u00e9la\u00efde-Rosalie comtesse MOLLIEN (1784-1878), Portrait de Pauline Guizot-de Witt. Pastel, 1857. Collection particuli\u00e8re. Clich\u00e9 Fran\u00e7ois Louchet.\" class=\"wp-image-7607\" title=\"Ad\u00e9la\u00efde-Rosalie comtesse MOLLIEN (1784-1878), Portrait de Pauline Guizot-de Witt. Pastel, 1857. Collection particuli\u00e8re. Clich\u00e9 Fran\u00e7ois Louchet.\" srcset=\"https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/Pauline-Guizot-194x300.jpg 194w, https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/Pauline-Guizot-664x1024.jpg 664w, https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/Pauline-Guizot.jpg 1277w\" sizes=\"auto, (max-width: 194px) 100vw, 194px\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Brompton, 6 ao\u00fbt 1848<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J&rsquo;ai voulu ma ch\u00e8re s\u0153ur, \u00e9crire pour toi nos souvenirs de ces tristes journ\u00e9es que nous avons travers\u00e9es ensemble, du 22 f\u00e9vrier \u00e0 la fin de mars ; il y a eu dans ce mois de quoi remplir bien des ann\u00e9es et j&rsquo;ai pens\u00e9 que tu aimerais dans dix ans d&rsquo;ici \u00e0 retrouver une trace des \u00e9motions, des inqui\u00e9tudes et des joies que nous avons \u00e9prouv\u00e9es. Je sais qu&rsquo;en disant mes impressions, je dis \u00e0 peu pr\u00e8s les tiennes, car comme nous l&rsquo;a dit Mme Tastu{{1}}[[1]]Amable Vo\u00efart, n\u00e9e en 1798, devenue Mme Tastu en 1816, femme de lettres dont le premier recueil de po\u00e9sies, de sensibilit\u00e9 romantique, a paru avec grand succ\u00e8s en 1826. FG la prit sous sa protection alors qu\u2019elle c\u00f4toyait la mis\u00e8re. En 1840, elle remporta le premier prix de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, qui avait mis au concours l\u2019\u00e9loge de Mme de S\u00e9vign\u00e9.[[1]] \u00ab\u202fNous avons m\u00eame foi, m\u00eame espoir, m\u00eame amour\u202f\u00bb\u202f; et j&rsquo;aime \u00e0 penser que plus tard, que nous soyons s\u00e9par\u00e9es ou r\u00e9unies, tu auras du plaisir \u00e0 voir ce petit cahier \u00e9crit par une personne qui t&rsquo;aime plus qu&rsquo;elle ne le dit, peut-\u00eatre plus que tu ne le crois.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je commence donc mon r\u00e9cit au 23 f\u00e9vrier 1848. Mon p\u00e8re avait d\u00e9sir\u00e9 la veille que nous ne restassions pas au minist\u00e8re le mardi ; il s&rsquo;attendait \u00e0 du bruit devant l\u2019H\u00f4tel et le craignait pour ma grand-m\u00e8re. Nous avons donc quitt\u00e9 la maison mardi \u00e0 neuf heures du matin pour aller passer la journ\u00e9e chez Madame Lenormant{{2}}[[2]]Les Lenormant \u00e9taient des proches de FG. Am\u00e9lie Cyvoct, \u00e9pouse de Charles Lenormant, a \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9e par sa tante, Juliette R\u00e9camier. Son mari \u00e9tait conservateur de la biblioth\u00e8que royale. Ils eurent trois enfants\u202f: Juliette, Paule et Fran\u00e7ois.[[2]] ; nous comptions revenir d\u00eener avec lui\u202f; nous n&rsquo;y sommes jamais rentr\u00e9s\u202f; on \u00e9tait si rassur\u00e9 le matin par la nouvelle que les d\u00e9put\u00e9s n&rsquo;iraient pas au banquet{{3}}[[3]]La Campagne des Banquets d\u00e9signe une s\u00e9rie d&rsquo;environ 70 r\u00e9unions organis\u00e9es dans toute la France entre 1847 et 1848 par les r\u00e9formateurs pour demander un \u00e9largissement du corps \u00e9lectoral et s&rsquo;opposer aux d\u00e9cisions prises par le gouvernement conservateur de Fran\u00e7ois Guizot. L&rsquo;interdiction d&rsquo;une de ces r\u00e9unions, qui devait se tenir \u00e0 Paris le 14 janvier 1848, est \u00e0 l&rsquo;origine de la r\u00e9volution de f\u00e9vrier 1848 qui entra\u00eena la chute de la Monarchie de Juillet et le d\u00e9part du roi Louis-Philippe.[[3]], que nous trouvions absurde de quitter notre maison et que nous nous moquions fort de la pr\u00e9caution que prenait mon p\u00e8re, de nous faire emporter nos diamants et notre or. Nous arrivons chez Mme Lenormant et la trouvons tr\u00e8s souffrante\u202f; nous \u00e9tions parties Henriette et moi avec bonne-maman, Guillaume \u00e9tait all\u00e9 au coll\u00e8ge et M<sup>lle<\/sup> Wisley{{4}}[[4]]Gouvernante anglaise de Pauline et Henriette.[[4]] ne devait venir que plus tard.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur notre chemin du minist\u00e8re{{5}}[[5]]Le minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res se trouvait 9 bd des Capucines.[[5]] \u00e0 la rue des Petits Champs, nous remarquons la parfaite tranquillit\u00e9 des rues\u202f; impossible de distinguer une diff\u00e9rence entre l&rsquo;attitude des ouvriers ce jour-l\u00e0 et celle de chaque jour\u202f; on voyait de temps en temps quelques groupes lisant les proclamations du Pr\u00e9fet de Police\u202f; du reste une parfaite tranquillit\u00e9 la premi\u00e8re partie de la journ\u00e9e se passe tr\u00e8s paisiblement\u202f; vers une heure vient M. G\u00e9nie{{6}}[[6]]Auguste G\u00e9nie, n\u00e9 en 1794, avocat toulousain, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la Haute-Garonne puis chef de cabinet de FG, ministre de l\u2019Instruction publique \u00e0 partir de 1832 et depuis lors son homme de confiance, ma\u00eetre des Requ\u00eates au Conseil d\u2019\u00c9tat.[[6]] qui nous dit qu&rsquo;on est venu faire un peu de bruit devant le minist\u00e8re ; rien de s\u00e9rieux. Nous voyons plusieurs personnes, Mme Grandpierre{{7}}[[7]]Fanny Guyot est la deuxi\u00e8me \u00e9pouse du pasteur Jean-Henri Grandpierre, n\u00e9 en 1799, originaire de Neuch\u00e2tel, membre actif du courant \u00e9vang\u00e9lique et pasteur de l\u2019Eglise r\u00e9form\u00e9e des Batignolles. [[7]], Coste{{8}}[[8]]Jean Victor Coste, n\u00e9 en 1807, m\u00e9decin sp\u00e9cialiste d\u2019embryologie, titulaire depuis 1837 de la chaire d\u2019anatomie compar\u00e9e au Mus\u00e9um d\u2019histoire naturelle, professeur d\u2019embryologie au coll\u00e8ge de France depuis 1844.[[8]], Meurand{{9}}[[9]]Joachim Meurand \u00e9tait un camarade de classe de Fran\u00e7ois, le fils a\u00een\u00e9 de FG, mort en 1837. Il resta li\u00e9 aux Guizot toute sa vie.[[9]], mon oncle{{10}}[[10]]Maurice de Vaines, demi-fr\u00e8re de sa m\u00e8re Eliza.[[10]], tous disent que les rassemblements sont peu nombreux et compos\u00e9s en grande partie de gamins de Paris qui ont l&rsquo;air de jouer. Quel jeu\u202f! M<sup>lle<\/sup> Wisley, Juliette Lenormant sortent et nous reviennent tr\u00e8s tranquilles\u202f; ce n&rsquo;\u00e9tait pas une \u00e9meute, la journ\u00e9e finit sans que nous apprenions rien d&rsquo;inqui\u00e9tant ; cependant nous recevons le soir un mot de mon p\u00e8re pour nous dire de coucher chez Mme Lenormant ; il pensait que ce n&rsquo;\u00e9tait pas fini et qu&rsquo;il valait mieux rester l\u00e0 o\u00f9 nous \u00e9tions\u202f; il ne se trompait pas\u202f; ce n&rsquo;\u00e9tait que le d\u00e9but.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter\"><a href=\"https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/revolution-1848-300x234.jpg\" class=\"lightbox\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"300\" height=\"234\" src=\"https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/revolution-1848-300x234.jpg\" alt=\"Barricades rue Soufflot, peinture de Horace Vernet.\" class=\"wp-image-7576\" title=\"Barricades rue Soufflot, peinture de Horace Vernet.\" srcset=\"https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/revolution-1848-300x234.jpg 300w, https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/revolution-1848.jpg 657w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le mercredi matin, Georges nous apporta une autre lettre de mon p\u00e8re, nous disant qu&rsquo;il avait couch\u00e9 chez le duc de Broglie et qu&rsquo;il esp\u00e9rait nous revoir le soir\u202f; rien de nouveau pendant la nuit ; quelques essais de barricades dans les faubourgs\u202f; nous d\u00e9jeunons, puis viennent les m\u00eames amis que la veille, (M<sup>lle<\/sup> Wisley et Guillaume nous avaient rejoints le mardi matin). Nous restons tous attendant les nouvelles et voyant avec quelqu&rsquo;inqui\u00e9tude des bandes d&rsquo;hommes arm\u00e9s commencer \u00e0 circuler dans les rues, \u00e0 quatre heures. M. Lenormant rentre tr\u00e8s troubl\u00e9 et nous apprend que le Roi a renvoy\u00e9 son minist\u00e8re\u202f; ceci nous \u00e9tonne fort et nous voyons avec grand chagrin la faute \u00e9norme qui venait d&rsquo;\u00eatre commise, faute qui a peut-\u00eatre d\u00e9cid\u00e9 de la R\u00e9volution. Pendant le d\u00eener, viennent M.M. Herbet{{11}}[[11]]N\u00e9 en 1813, Edmond Herbet, secr\u00e9taire particulier de Guizot \u00e0 l&rsquo;ambassade de Londres en 1840, est depuis 1845 sous-directeur des affaires commerciales au minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res. [[11]], de Carn\u00e9{{12}}[[12]]Comte Louis de Carn\u00e9, n\u00e9 en 1804, entr\u00e9 dans la carri\u00e8re diplomatique en 1825. Il fut d\u00e9put\u00e9 du Finist\u00e8re de 1839 \u00e0 1848. Catholique lib\u00e9ral, politiquement proche de Mol\u00e9 mais ralli\u00e9 \u00e0 FG en 1847, il collabore \u00e0 la <em>Revue des Deux Mondes<\/em> et au <em>Correspondant<\/em>, qu\u2019il avait contribu\u00e9 \u00e0 fonder.[[12]], de Lavergne{{13}}[[13]]L\u00e9once Guilhard de Lavergne, n\u00e9 en 1809, nouveau d\u00e9put\u00e9 du Gers, sous-directeur et chef de bureau de l\u2019Am\u00e9rique et des Indes au minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res. [[13]], tous boulevers\u00e9s par la nouvelle du changement de minist\u00e8re et fort inquiets de ce qui allait le suivre. M. Rousset{{14}}[[14]]Camille Rousset, n\u00e9 en 1821, professeur d\u2019histoire suppl\u00e9ant au coll\u00e8ge de Bourbon, est r\u00e9p\u00e9titeur aupr\u00e8s des enfants de Guizot.[[14]], Meurand arrivent aussi tr\u00e8s tristes. \u00c0 neuf heures et demie nous voyons M. Libri{{15}}[[15]]Guillaume Libri, d\u2019origine italienne, collaborateur de FG au minist\u00e8re de l\u2019Instruction publique, professeur de math\u00e9matiques au Coll\u00e8ge de France, membre de l\u2019Acad\u00e9mie des sciences, inspecteur g\u00e9n\u00e9ral des biblioth\u00e8ques, bient\u00f4t convaincu de vols de livres rares.[[15]] et M. Hamon{{16}}[[16]]Ren\u00e9 Am\u00e9d\u00e9e Hamon, n\u00e9 en 1814, auditeur de 1<sup>re<\/sup> classe au Conseil d\u2019Etat en 1846, est d\u00e9tach\u00e9 e, 1847 au cabinet du ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res Guizot. [[16]]\u202f; une discussion p\u00e9nible force M<sup>lle<\/sup> Wisley \u00e0 nous quitter le soir, \u00e0 son grand regret et au n\u00f4tre\u202f; elle part avec M. Coste pour aller coucher chez ses amis, les Fauquet, qui demeurent rue de la Chauss\u00e9e d&rsquo;Antin. Quelques instants avant son d\u00e9part nous avions entendu la fusillade qui avait lieu devant le minist\u00e8re des Affaires \u00c9trang\u00e8res et cela nous avait tous extr\u00eamement agit\u00e9s. Cette soir\u00e9e a \u00e9t\u00e9 une des plus p\u00e9nibles de cette p\u00e9nible semaine. En s&rsquo;en allant, M<sup>lle<\/sup> Wisley, arriv\u00e9e au boulevard, est emp\u00each\u00e9e de traverser par des r\u00e9giments de cavalerie qui arrivaient et oblig\u00e9e de remonter par les rues jusqu&rsquo;\u00e0 la rue Montmartre. \u00c0 dix heures nous nous couchons \u00e9puis\u00e9s par cette journ\u00e9e, bien inquiets, mais ne pr\u00e9voyant pas cependant ce que la journ\u00e9e du lendemain nous apporterait de chagrin et d&rsquo;inqui\u00e9tude.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je puis dire que cette nuit-l\u00e0 nous n&rsquo;avons pas ferm\u00e9 l&rsquo;\u0153il ; nous couchions notre ch\u00e8re bonne-maman, Henriette et moi, dans le salon, Guillaume dans la biblioth\u00e8que d&rsquo;\u00e0 c\u00f4t\u00e9. Vers minuit, nous entendons enfoncer une boutique de quincaillerie qui est en face de la biblioth\u00e8que ; une bande de jeunes gens venaient y prendre de la poudre et des armes. J&rsquo;\u00e9tais tr\u00e8s fatigu\u00e9e et agit\u00e9e et je ne puis dire l&rsquo;effet que me produisaient ces coups de crosse et ces cris furieux qui nous faisaient sauter dans nos lits. Une heure assez calme se passe, puis nous sommes de nouveau boulevers\u00e9s par le bruit de barricades qu&rsquo;on \u00e9l\u00e8ve de tous c\u00f4t\u00e9s autour de nous\u202f; la rue de Richelieu a \u00e9t\u00e9 en cette nuit coup\u00e9e par trente barricades ; le rappel ou la g\u00e9n\u00e9rale \u00e9taient battus \u00e0 chaque instant. C&rsquo;est une nuit que je n&rsquo;oublierai pas de toute ma vie\u202f; que d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9\u202f! Que de souffrances\u202f!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le jeudi matin \u00e0 6 heures nous nous levons et nous sommes terrifi\u00e9s par la quantit\u00e9 d&rsquo;hommes arm\u00e9s et de gardes nationaux avec eux, qui passent \u00e0 chaque instant\u202f; ils crient \u00ab\u202fVive la R\u00e9forme\u202f\u00bb\u202f; beaucoup d&rsquo;entre eux crient m\u00eame \u00ab\u202fVive la R\u00e9publique\u202f\u00bb et toujours\u202f: \u00ab\u202f\u00c0 bas Guizot\u202f\u00bb. La veille au soir on avait forc\u00e9 tout Paris d&rsquo;\u00eatre illumin\u00e9 et rien ne peut \u00eatre plus sinistre que ces cris\u202f: \u00ab\u202fDes lampions, des lampions\u202f\u00bb m\u00eal\u00e9s \u00e0 la Marseillaise, au \u00ab\u202f\u00c7a ira\u202f\u00bb, au \u00ab\u202fMourir pour la Patrie\u202f\u00bb. On voyait dans les bandes les figures les plus sinistres, m\u00eame \u00e7a et l\u00e0 quelques femmes\u202f; pauvres cr\u00e9atures \u00e9gar\u00e9es qui sortaient si tristement du rang d&rsquo;humilit\u00e9 et de paix o\u00f9 Dieu les a plac\u00e9es. Rose et son mari viennent \u00e0 huit heures le jeudi matin, elle pleine de courage et de volont\u00e9, nous racontant comment elle avait pass\u00e9 la nuit \u00e0 soigner des bless\u00e9s \u00e9tablis dans les salons du rez-de-chauss\u00e9e au minist\u00e8re, dans ce salon bleu o\u00f9 le vendredi d&rsquo;avant deux cents personnes venaient f\u00e9liciter mon p\u00e8re de tous ses succ\u00e8s r\u00e9cents et o\u00f9 le dimanche 20 nous \u00e9tions si heureusement r\u00e9unis, \u00e9coutant Meurand et mon oncle nous chanter mille folies, apr\u00e8s un d\u00eener fort gai ; nous ne craignions, ni les uns ni les autres, qu&rsquo;on nous aurait \u00e9tonn\u00e9s si on nous avait dit que le dimanche 27 nous serions s\u00e9par\u00e9s sans nous \u00eatre m\u00eame dit adieu pour \u00eatre si longtemps sans nous revoir. Nous aurions trait\u00e9 de fou et de proph\u00e8te de mauvais augure celui qui nous aurait fait une semblable pr\u00e9diction et nous n&rsquo;aurions pas plus cru \u00e0 ses discours que les Troyens \u00e0 ceux de la proph\u00e9tesse Cassandre. Je ne peux pas me rappeler sans tristesse toutes les moqueries faites sur ce banquet et cette \u00e9meute annonc\u00e9e depuis si longtemps\u202f: \u00ab\u202fles voies de Dieu ne sont pas nos voies et ses pens\u00e9es ne sont pas nos pens\u00e9es\u202f\u00bb. Nous croyions encore le jeudi matin aller nous \u00e9tablir \u00e0 notre petite maison de la rue Ville l&rsquo;\u00c9v\u00eaque et le soir nous ne songions plus qu&rsquo;\u00e0 quitter la France. Que de choses en un jour, que d&rsquo;ann\u00e9es en une heure\u202f! \u00c0 onze heures le jeudi, vient M. Coste, tout boulevers\u00e9 et paraissant \u00e9puis\u00e9. Il venait de traverser la place de la Concorde au milieu d&rsquo;une foule \u00e9norme de troupes, d&rsquo;insurg\u00e9s, de curieux et il \u00e9tait tr\u00e8s inquiet. Apr\u00e8s le d\u00e9jeuner, il repart nous laissant dans une angoisse qu&rsquo;augmentaient \u00e0 chaque instant les cris forcen\u00e9s des troupes d&rsquo;insurg\u00e9s qui se pr\u00e9cipitaient vers les Tuileries ; tous \u00e9taient arm\u00e9s, les uns de fusils ou de pistolets, les autres de piques et de sabres\u202f; des hommes, des jeunes gens, des enfants\u202f; nous quittions un moment la fen\u00eatre puis une nouvelle bande en passant, nous y ramenait\u202f; chaque troupe avait un drapeau rouge ; combien nous nous r\u00e9jouissions alors de la surdit\u00e9 de notre pauvre grand-m\u00e8re, elle aurait tant souffert d&rsquo;entendre ces cris qui lui auraient rappel\u00e9 des jours auxquels ceux qui s&rsquo;\u00e9coulaient alors ne ressemblaient que trop. Vers deux heures, M. Coste revient et nous dit qu&rsquo;il vient d&rsquo;entendre parler dans les rues de l&rsquo;abdication du Roi ; nous ne voulons pas y croire. Il sort de nouveau et revient sachant positivement l&rsquo;abdication et disant que la R\u00e9publique \u00e9tait proclam\u00e9e. Que d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements depuis le matin. Avec quelle rapidit\u00e9 le torrent avait d\u00e9bord\u00e9 et qu&rsquo;il est triste de penser qu&rsquo;en quelques heures, quelques milliers d&rsquo;insens\u00e9s ont d\u00e9truit ce qu&rsquo;il avait \u00e9t\u00e9 si difficile d&rsquo;\u00e9tablir : la paix et le bonheur de la France et ont proclam\u00e9, contre la volont\u00e9 du pays, une forme de gouvernement qui depuis quatre mois n&rsquo;a donn\u00e9 \u00e0 la France que de la mis\u00e8re et de la honte. Vers trois heures et demie viennent M. Plichon{{17}}[[17]]Charles-Ignace Plichon, 1814-1888. D\u2019abord avocat saint-simonien, il fut charg\u00e9 par FG en 1841 d\u2019une mission en Orient, puis \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 du Nord en 1846, o\u00f9 il a d\u2019importantes affaires et maire d\u2019Arras. [[17]] et M. de Lavergne ; tous deux sortaient de la Chambre o\u00f9 ils avaient \u00e9t\u00e9 t\u00e9moins de la sc\u00e8ne terrible qui venait d&rsquo;avoir lieu ; ils avaient vu l&rsquo;h\u00e9ro\u00efsme et la noblesse de Mme la duchesse d&rsquo;Orl\u00e9ans, le courageux d\u00e9vouement de M. le duc de Nemours. Mais \u00e0 quoi servaient l&rsquo;h\u00e9ro\u00efsme et le d\u00e9vouement ? Le malheureux peuple \u00e9gar\u00e9 n&rsquo;\u00e9coutait que la voix de ceux qui l&rsquo;entra\u00eenaient \u00e0 sa ruine et s\u00e9duit par les folles th\u00e9ories des uns ou les doctrines corruptrices des autres, chassait un Roi qui avait donn\u00e9 \u00e0 son pays dix-huit ans de gloire et de prosp\u00e9rit\u00e9 et exilait des hommes qui employaient au service de leur patrie tout ce que Dieu leur avait donn\u00e9 de talent, de courage et de sagesse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">M. Plichon et M. de Lavergne se mettent \u00e0 pleurer en nous voyant et j&rsquo;ai eu besoin de bien de la volont\u00e9 pour ne pas les imiter ; tant d&rsquo;\u00e9motions m&rsquo;avaient bris\u00e9e, mais je sentais que ce n&rsquo;\u00e9tait pas le moment de pleurer. Ma grand-m\u00e8re \u00e9tait \u00e9puis\u00e9e par de si violentes secousses et nos larmes lui auraient fait tant de mal. M. Grandpierre vient et nous fait une pri\u00e8re qui nous redonne \u00e0 tous un peu de courage. Pauvre M. Grandpierre ! Sa ch\u00e8re petite fille venait de tomber malade et depuis lors, elle a constamment souffert jusqu&rsquo;au moment o\u00f9 le Seigneur a eu piti\u00e9 de ses pauvres parents et l&rsquo;a reprise \u00e0 Lui. Quelle douleur ! Nous voyons un peu plus tard M. Rousset et Meurand ; ces chers amis \u00e9taient atterr\u00e9s ; nous entendions passer dans la rue les insurg\u00e9s qui revenaient du pillage des Tuileries ; chacun portait au bout de son fusil ou de sa pique un troph\u00e9e de son triomphe ; les livr\u00e9es du Roi, les chapeaux des gardes municipaux, si horriblement massacr\u00e9s \u00e0 quelques pas de nous, au poste du ch\u00e2teau d&rsquo;eau, les robes, les mouchoirs de la Reine ou des Princesses. C&rsquo;\u00e9tait navrant ! Et mon p\u00e8re ? Qu&rsquo;\u00e9tait-il devenu ? Voil\u00e0 ce que nous pensions avec angoisse, ce que tous nos amis nous demandaient. Avait-il pu se sauver ? Avait-il \u00e9t\u00e9 \u00e0 la Chambre ? Ou aux Tuileries ? Nous n&rsquo;avions pas eu de nouvelles de lui depuis la veille au soir, pas un mot depuis qu&rsquo;il nous annon\u00e7ait le changement de minist\u00e8re ; alors il avait tout pr\u00e9vu. \u00c0 cinq heures, nous voyons B\u00e9hier{{18}}[[18]]N\u00e9 en 1813, Louis B\u00e9hier, camarade de classe de Fran\u00e7ois fils, \u00e9tait le m\u00e9decin de famille des Guizot.[[18]] et M. Lemoinne{{19}}[[19]]John Lemoinne, n\u00e9 en 1815 \u00e0 Londres de parents fran\u00e7ais, est entr\u00e9e en 1840 au <em>Journal des d\u00e9bats<\/em>, o\u00f9 il est r\u00e9dacteur en chef, charg\u00e9 de la politique int\u00e9rieure.[[19]]. Quel changement depuis que nous les avions vus ! Le lundi encore ils avaient d\u00e9jeun\u00e9 avec nous et quoique tous deux fussent assez inquiets, qu&rsquo;ils \u00e9taient loin de pr\u00e9voir ce qui arriverait. B\u00e9hier \u00e9tait dans un \u00e9tat d&rsquo;abattement extr\u00eame ; M. Lemoinne bien triste. Pendant cette horrible journ\u00e9e, notre bonne amie Mme Lenormant \u00e9tait dans son lit, tr\u00e8s malade et naturellement, dans une agitation qui augmentait beaucoup la gravit\u00e9 de son mal. Pauvres amis ! Que de peines nous leur avons donn\u00e9 ! \u00c0 sept heures et demie nous nous mettons \u00e0 table ; c&rsquo;\u00e9tait bien pour la forme car Guillaume et Fran\u00e7ois{{20}}[[20]]Fran\u00e7ois Lenormant, n\u00e9 en 1837, fils de M. et Mme Lenormant. [[20]] ont seuls touch\u00e9 au d\u00eener. Le soir, nous voyons encore quelques personnes, de nouveau M. de Lavergne, M. Herbet, Meurand, tous venant nous demander des nouvelles de mon p\u00e8re et par leur inqui\u00e9tude ajoutant \u00e0 la n\u00f4tre d\u00e9j\u00e0 si grande. Quelle angoisse ! Dieu seul sait toutes les pens\u00e9es qui ont travers\u00e9 nos c\u0153urs, nous n&rsquo;osions nous parler de ce qui nous int\u00e9ressait le plus. Je n&rsquo;oublierai jamais la figure de ma grand-m\u00e8re pendant cette soir\u00e9e, elle \u00e9tait \u00e9tendue sur le canap\u00e9 du salon, son corps \u00e9tait bris\u00e9, sa force physique ne pouvait r\u00e9sister \u00e0 une telle journ\u00e9e, mais quelle force d&rsquo;\u00e2me ! Quel admirable calme ! Quelle foi ! Quelle confiance en Celui auquel elle avait cru ! C&rsquo;\u00e9tait entre ses mains qu&rsquo;elle remettait le fils de tant de pri\u00e8res et de tant de larmes, le p\u00e8re des trois enfants agenouill\u00e9s devant elle et qui ne trouvaient comme elle de repos que dans la pri\u00e8re. On a dit avec v\u00e9rit\u00e9 dans le <em>Journal des d\u00e9bats<\/em>, que ceux qui avaient vu ma ch\u00e8re grand-m\u00e8re dans ces jours-l\u00e0, pouvaient savoir ce qu&rsquo;il y avait dans cette \u00e2me de force et de foi ; c&rsquo;est \u00e0 des \u00e9preuves comme celle-l\u00e0 qu&rsquo;on d\u00e9couvre le fond du coeur et rien ne fait mieux appr\u00e9cier les coeurs que de les voir au moment d&rsquo;une grande souffrance ! J&rsquo;ai bien senti cela pendant les jours de cette R\u00e9volution o\u00f9 nous avons re\u00e7u tant de preuves d&rsquo;affection et de d\u00e9vouement, o\u00f9 nous avons appris \u00e0 compter sur des personnes que nous ne croyions pas de vrais amis. \u00c0 neuf heures, nous nous couchons, croyant ne pas dormir un instant et tr\u00e8s inquiets de ce qui se passerait pendant la nuit ; on s&rsquo;attendait \u00e0 tout de la part de ces malheureux livr\u00e9s \u00e0 eux-m\u00eames au moment d&rsquo;un triomphe si surprenant et on craignait le pillage ou l&rsquo;incendie de Paris.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Gr\u00e2ce \u00e0 Dieu, la nuit fut tranquille et nous \u00e9tions si fatigu\u00e9s que nous avons tous bien dormi ; nous avions besoin de prendre un peu de force pour le vendredi qui a \u00e9t\u00e9 si plein de souffrances et de difficult\u00e9s. Le vendredi matin, \u00e0 peine \u00e9tions nous r\u00e9veill\u00e9s qu&rsquo;arrive M. Plichon ; il venait pour savoir des nouvelles de mon p\u00e8re ; \u00e0 cette question : \u00ab o\u00f9 est M. Guizot ? \u00bb, il fallait toujours r\u00e9pondre que nous n&rsquo;en savions rien. Puis vient Corn\u00e9lis de Witt{{21}}[[21]]Corn\u00e9lis de Witt, n\u00e9 en 1829, camarade de coll\u00e8ge de Guillaume, \u00e9pousera Pauline en 1850.[[21]] qui raconte \u00e0 Guillaume le pillage des Tuileries, ensuite M. Coste, M. Rousset, M. Grandpierre qui vient nous dire de la part de M<sup>lle<\/sup> de Chabaud{{22}}[[22]]Rosine de Chabaud-Latour, n\u00e9e le 15 septembre 1794 \u00e0 N\u00eemes, \u00e9tait tr\u00e8s li\u00e9e \u00e0 Mme Guizot et l\u2019avait assist\u00e9e dans ses t\u00e2ches \u00e9ducatives aupr\u00e8s d\u2019Henriette, de Pauline et de Guillaume. Pendant la Terreur, son p\u00e8re, Antoine de Chabaud-Latour, avait \u00e9t\u00e9 cach\u00e9 avec Andr\u00e9 Guizot dans la maison des Bonicel. Ils s\u2019enfuirent l\u2019un et l\u2019autre, mais Andr\u00e9 Guizot fut arr\u00eat\u00e9 et guillotin\u00e9.[[22]] qu&rsquo;elle nous accompagnerait partout o\u00f9 nous irions, car alors on ne pensait plus \u00e0 la rue Ville L\u2019\u00c9v\u00eaque\u202f; c&rsquo;\u00e9tait \u00e0 quitter la France qu&rsquo;il fallait songer. Nous ne sommes pas surpris de l&rsquo;offre de notre ch\u00e8re amie, nous comptions sur elle, mais je ne peux pas dire quel repos et quelle joie cela a \u00e9t\u00e9 pour moi que cette offre, cela a \u00e9t\u00e9 un moment de bonheur au milieu d&rsquo;un grand chagrin. Vers midi, viennent mon oncle, Meurand etc. \u00c0 trois heures, M. Delahante{{23}}[[23]]Ag\u00e9 de 33 ans en 1848, Adrien Delahante (fils) avait fond\u00e9 une banque \u00e0 Paris et acquis des actions de la Compagnie des chemins de fer du Nord. S\u00e9duisant, il vivait en c\u00e9libataire recherch\u00e9 (dont par la trag\u00e9dienne Rachel). Son p\u00e8re, \u00e9galement pr\u00e9nomm\u00e9 Adrien, receveur g\u00e9n\u00e9ral des finances du Rh\u00f4ne avait pr\u00e9t\u00e9 de l\u2019argent \u00e0 Louis-Philippe et \u00e9tait ami des Lamartine.[[23]]. Il venait pour nous emmener ; il voulait nous faire partir tous les trois, Guillaume et nous, par le chemin de fer du Havre, le soir m\u00eame. Cette proposition nous met dans un trouble, dans une anxi\u00e9t\u00e9 terrible ; nous ne savions quel parti prendre. On se d\u00e9cide \u00e0 le prier d&rsquo;aller chez le duc de Broglie savoir ce qu&rsquo;\u00e9tait devenu mon p\u00e8re. Il part\u202f; pendant son absence vient M<sup>lle<\/sup> de Chabaud. Que nous avons \u00e9t\u00e9 heureux de la voir\u202f! On la prie de se tenir pr\u00eate \u00e0 partir le soir. Quelles heures\u202f! Je ne savais plus que penser ou que faire. L&rsquo;id\u00e9e de quitter cette m\u00e8re qui ne pouvait \u00e9videmment pas partir avec nous, la vue de son chagrin, de ses inqui\u00e9tudes me faisaient un mal horrible et si j&rsquo;ai eu un peu de courage et de volont\u00e9, c&rsquo;est bien de la bont\u00e9 de Dieu que je les ai re\u00e7us\u202f; par moi-m\u00eame, je n&rsquo;\u00e9tais bonne \u00e0 rien. Nous avons pass\u00e9 deux heures assis ou \u00e0 genoux, tous les trois devant notre m\u00e8re, l&#8217;embrassant, t\u00e2chant de la consoler, lui lisant de temps en temps une des promesses de mis\u00e9ricorde de notre Dieu, priant \u00e0 tous moments avec elle. \u00c0 cinq heures, M. Delahante revient. Il n&rsquo;avait pas trouv\u00e9 le duc de Broglie\u202f; il fallait donc se d\u00e9cider sans savoir o\u00f9 \u00e9tait mon p\u00e8re, sans son avis\u202f; il fallait juger par nous-m\u00eames de ce qu&rsquo;il y avait \u00e0 faire. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 pouss\u00e9s \u00e0 partir par M. Delahante et Mme Lenormant qui trouvaient cela indispensable pour la tranquillit\u00e9 de mon p\u00e8re, de l&rsquo;autre retenus par notre propre c\u0153ur qui nous attachait aupr\u00e8s de cette m\u00e8re vieille et \u00e9puis\u00e9e qui avait tant \u00e9t\u00e9 pour nous. C&rsquo;est un moment o\u00f9 il m&rsquo;a sembl\u00e9 que tout mon jugement avait disparu et que je ne pourrais pas me d\u00e9cider. Cependant, nous avons c\u00e9d\u00e9 aux pri\u00e8res et aux conseils de nos amis et nous nous sommes r\u00e9solus \u00e0 partir le soir m\u00eame \u00e0 dix heures. M. Delahante devait venir nous chercher pour nous mener au chemin de fer, tandis que Meurand devait y mener d&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9 M<sup>lle<\/sup> de Chabaud.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter\"><a href=\"https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/barricade-paris-1848-300x232.jpg\" class=\"lightbox\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"300\" height=\"232\" src=\"https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/barricade-paris-1848-300x232.jpg\" alt=\"Barricades rue Saint-Maur. Avant l'attaque, 25 juin 1848. Apr\u00e8s l\u2019attaque, 26 juin 1848. \u00a9 Photo RMN-Grand Palais - H. Lewandowski\" class=\"wp-image-8996\" title=\"Barricades rue Saint-Maur. Avant l'attaque, 25 juin 1848. Apr\u00e8s l\u2019attaque, 26 juin 1848. \u00a9 Photo RMN-Grand Palais - H. Lewandowski\" srcset=\"https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/barricade-paris-1848-300x232.jpg 300w, https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/barricade-paris-1848-1024x795.jpg 1024w, https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/barricade-paris-1848.jpg 1400w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J&rsquo;ai eu bien plus de repos quand ce parti a \u00e9t\u00e9 pris. Il n&rsquo;y a rien de pire dans un moment pareil que l&rsquo;incertitude ; il nous restait, cependant, un bien grand poids ; rien de mon p\u00e8re, pas un mot de lui depuis le mercredi soir. \u00c0 six heures nous voyons arriver M. Piscatory{{24}}[[24]]Th\u00e9obald-\u00c9mile Arcambal Piscastory, 1800-1870, d\u00e9put\u00e9 d&rsquo;Indre-et-Loire depuis 1832, diplomate, ami de Guizot.[[24]]. Il nous a sembl\u00e9 voir un sauveur, car il savait o\u00f9 \u00e9tait mon p\u00e8re. Il a dit \u00e0 bonne-maman que mon p\u00e8re \u00e9tait parti mais il a emmen\u00e9 Henriette dans le salon d&rsquo;apr\u00e8s et il lui dit qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas parti, qu&rsquo;il ne partirait peut-\u00eatre pas de quelques jours, mais que pour nous il n&rsquo;y avait pas \u00e0 h\u00e9siter, qu&rsquo;il fallait aller en Angleterre le plus t\u00f4t possible, que ce serait pour mon p\u00e8re un grand repos que de nous savoir l\u00e0. La soir\u00e9e se passe bien, bien tristement. Avant le d\u00eener Henriette avait dit adieu \u00e0 M. Lemoinne, \u00e0 M. Rousset etc. Chaque moment qui s&rsquo;\u00e9coulait nous rapprochait de la s\u00e9paration et je ne me lassais pas de regarder, d&#8217;embrasser cette m\u00e8re \u00e0 laquelle il faudrait dire adieu. M. Plichon, M. Coste viennent, en les quittant, nous leur serrons la main pour leur faire comprendre que c&rsquo;\u00e9tait la derni\u00e8re fois\u202f; Meurand vient, Mme Lenormant arrange avec lui tous les plans pour le d\u00e9part\u202f; comme il \u00e9tait triste ! Nous attendons jusqu&rsquo;\u00e0 onze heures moins un quart M. Delahante. Nous croyions prendre le train du chemin de fer de onze heures du soir et nous ne comprenions pas ce retard. Il arrive avec M. Berry. Le chemin de fer \u00e9tait coup\u00e9\u202f; on n&rsquo;en dit rien \u00e0 ma grand-m\u00e8re et nous nous pr\u00e9parons \u00e0 partir. Les pr\u00e9paratifs n&rsquo;\u00e9taient pas longs \u00e0 faire, car pour tout paquet, nous mettons dans la giberne de M. Delahante des bas et des mouchoirs. M. Berry se charge de Guillaume, pauvre enfant qui \u00e9tait si triste de quitter tant d&rsquo;amis et son coll\u00e8ge. Son chagrin me faisait mal, quoiqu&rsquo;il le montr\u00e2t bien peu. Nous lui disons adieu, puis \u00e0 notre m\u00e8re, \u00e0 toute cette famille \u00e0 laquelle nous devions tant, \u00e0 ma ch\u00e8re Rose qui fondait en larmes, \u00e0 plusieurs de nos domestiques qui \u00e9taient l\u00e0 et dont la plupart nous a donn\u00e9 des preuves de d\u00e9vouement que nous n&rsquo;oublierons pas. C&rsquo;est une de ces minutes qui comptent pour des heures dans la vie, qu&rsquo;on se rappelle toujours, mais qu&rsquo;on ne raconte jamais. Je pars avec M. Delahante, Henriette avec M. Lenormant. Il faisait un temps affreux et nous traversons le boulevard par une pluie battante ; nous sommes oblig\u00e9es de passer par dessus plusieurs barricades. Henriette n&rsquo;ayant pas pris le m\u00eame chemin que moi, en franchit une tr\u00e8s haute et s&rsquo;entend dire par les hommes qui la gardaient \u00ab prenez garde \u00e0 vos pieds, Madame \u00bb. Cette phrase dite par des hommes arm\u00e9s, coiff\u00e9s de bonnets rouges et gardant avec des torches les barricades produisait un singulier effet. Il y a dans le peuple fran\u00e7ais un m\u00e9lange bizarre de politesse et de grossi\u00e8ret\u00e9. J&rsquo;arrive chez M. Delahante \u00e0 onze heures et demie, tr\u00e8s mouill\u00e9e, tr\u00e8s fatigu\u00e9e et bien triste. Je croyais trouver une femme pour nous recevoir ; je ne sais pourquoi nous nous figurions qu&rsquo;il \u00e9tait mari\u00e9 et nous sommes tr\u00e8s troubl\u00e9es en arrivant de voir qu&rsquo;il n&rsquo;est pas mari\u00e9. Henriette vient dix minutes apr\u00e8s moi. M. Lenormant nous quitte. En le voyant partir, il m&rsquo;a sembl\u00e9 que le dernier lien se brisait et que nous \u00e9tions abandonn\u00e9es compl\u00e8tement \u00e0 nous-m\u00eames. M. Delahante, par une pr\u00e9caution bien inutile, nous fait travailler avant de nous coucher, \u00e0 d\u00e9marquer le peu de linge que nous avions. Nous nous sentions tr\u00e8s mal \u00e0 notre aise dans ce petit salon, toutes seules avec un jeune homme que nous avions vu tr\u00e8s rarement. C&rsquo;\u00e9tait tr\u00e8s embarrassant, mais que faire\u202f? Nous ne pouvions qu&rsquo;attendre. \u00c0 minuit, M. Delahante nous quitte ; nous nous couchons. Il nous avait donn\u00e9 sa chambre et avec une d\u00e9licatesse charmante, il est all\u00e9 passer la nuit au corps de garde. J&rsquo;\u00e9tais si fatigu\u00e9e que j&rsquo;ai dormi cette nuit-l\u00e0, Henriette pas du tout. Le samedi matin \u00e0 sept heures, nous nous levons, esp\u00e9rant bien partir dans la journ\u00e9e. Nos robes, jupons, etc. \u00e9taient si crott\u00e9s que nous passons plus d&rsquo;une heure \u00e0 les brosser. Nous nous habillons, nous coiffons \u00e0 grand peine ; c&rsquo;\u00e9tait la premi\u00e8re fois. Vers dix heures, M. Delahante vient nous voir et nous quitte pour aller chercher un moyen de nous faire partir. Nous d\u00e9jeunons dans notre chambre. Il nous d\u00e9fendait d&rsquo;aller dans le salon et nous enfermait au verrou. \u00c0 deux heures il revient ; pas de moyen de partir ce jour-l\u00e0. Voyant cela nous le prions d&rsquo;aller chercher M<sup>lle<\/sup> de Chabaud ou M<sup>lle<\/sup> Wisley. Il \u00e9tait impossible que nous restassions seules chez lui plus longtemps et il \u00e9tait difficile de le lui dire. Enfin il comprend et envoie chercher M<sup>lle<\/sup> Wisley. Quel plaisir pour nous que de la revoir. Il y avait trois jours que nous \u00e9tions s\u00e9par\u00e9es et quels jours ! Ils me semblaient des ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le samedi se passe\u202f; le dimanche matin nous pers\u00e9cutons M. Delahante pour nous faire partir ; il y \u00e9tait peu dispos\u00e9. Nous \u00e9tions tr\u00e8s inqui\u00e8tes de l&rsquo;id\u00e9e que mon p\u00e8re pourrait arriver en Angleterre nous y croyant trouver et nous savions combien il serait tourment\u00e9 de ne pas nous y voir. Et puis ces heures, ces journ\u00e9es pass\u00e9es dans l&rsquo;inaction mat\u00e9rielle la plus compl\u00e8te, tandis que l&rsquo;esprit \u00e9tait si agit\u00e9, le coeur si pr\u00e9occup\u00e9, \u00e9taient tellement p\u00e9nibles qu&rsquo;il nous semblait que le voyage, en nous obligeant de penser \u00e0 autre chose nous ferait du bien. En voyant, le dimanche matin, passer sous les fen\u00eatres les personnes qui se rendaient \u00e0 la R\u00e9demption{{25}}[[25]]\u00c9glise luth\u00e9rienne de la R\u00e9demption.[[25]] (la maison de M. Delahante est rue Chauchat, 17), mon c\u0153ur se serrait\u202f; je pensais que le dimanche d&rsquo;apr\u00e8s je serais bien loin de tous mes amis et je ne peux pas dire combien cette journ\u00e9e a \u00e9t\u00e9 triste. M. Delahante ne revient que pour le d\u00eener\u202f; il avait pass\u00e9 sept heures \u00e0 la <em>Grande Revue<\/em> et par cons\u00e9quent n&rsquo;avait pu s&rsquo;occuper de nous faire partir. Il nous demande la permission de d\u00eener avec nous ; ce scrupule nous aurait amus\u00e9es si quelque chose avait pu nous amuser dans ce moment-l\u00e0. Le soir, il nous fait le grand plaisir d&rsquo;aller prier M. Berry de nous amener Guillaume. Nous sommes bien, bien heureuses de revoir ce fr\u00e8re ch\u00e9ri\u202f; il s&rsquo;ennuyait autant que nous dans sa solitude et, comme nous, \u00e9tait tr\u00e8s press\u00e9 de partir. \u00c0 onze heures nous nous couchons. Le lundi matin, nous supplions M. Delahante de s&rsquo;occuper de trouver une voie quelconque pour nous faire quitter la France. La journ\u00e9e se passe sans que nous le revoyions. Rien de plus p\u00e9nible que cette incertitude, que cette impossibilit\u00e9 de savoir ce que nous allions faire une heure apr\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Enfin, \u00e0 cinq heures, M. Delahante rentre et nous dit que nous partirons le soir ; un de ses oncles commandant la Garde Nationale de Senlis, \u00e9tait venu passer la journ\u00e9e \u00e0 Paris et M. Delahante lui avait dit\u202f: \u00ab\u202fC&rsquo;est la Providence qui vous envoie ; vous allez emmener M<sup>lles<\/sup> Guizot.\u202f\u00bb Son oncle accepte la proposition avec une bont\u00e9 que nous n&rsquo;oublierons pas. Nous envoyons chercher chez Mme Lenormant les choses indispensables, en lui faisant dire que nous partons le soir m\u00eame. M. Berry am\u00e8ne Guillaume pour d\u00eener et nous dire adieu et \u00e0 huit heures, nous montons dans la voiture de M. Charles Delahante, sans que, pour ainsi dire, M. Adrien Delahante nous eut permis de le remercier de toute l&rsquo;amiti\u00e9 qu&rsquo;i1 nous avait t\u00e9moign\u00e9e et des soins qu&rsquo;il nous avait rendus. Nous emportons un passeport anglais et M. A. Delahante nous donne, pour nous accompagner jusqu&rsquo;\u00e0 Boulogne, un homme de confiance qui nous a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s utile. Nous traversons Paris. On d\u00e9truisait les barricades et les voitures recommen\u00e7aient \u00e0 circuler dans les rues. Mon c\u0153ur se serrait \u00e0 chaque pas qui nous \u00e9loignait un peu plus de notre m\u00e8re et de tous les amis que nous avions quitt\u00e9s sans pouvoir m\u00eame leur dire adieu. Notre voyage se fait tr\u00e8s paisiblement et, \u00e0 deux heures du matin nous arrivons \u00e0 Senlis, chez M. C. Delahante o\u00f9 nous devions passer la nuit. La porte nous est ouverte par une servante qui se frottait encore les yeux et qui \u00e9tait \u00e9videmment tr\u00e8s troubl\u00e9e de voir arriver \u00e0 cette heure trois femmes qu&rsquo;elle n&rsquo;avait jamais vues. Mme Delahante \u00e9tait naturellement couch\u00e9e et pendant que nous traversions le jardin pour arriver \u00e0 la maison, M. Delahante nous recommandait de ne pas faire de bruit de peur que sa femme ne cr\u00fbt entendre des voleurs et ne nous tir\u00e2t un coup de pistolet par la fen\u00eatre\u202f; la perspective \u00e9tait peu agr\u00e9able, aussi entrons nous le plus silencieusement possible, dans une grande maison qui aurait pu \u00eatre belle si elle avait \u00e9t\u00e9 bien arrang\u00e9e, mais tr\u00e8s froide, tr\u00e8s humide et qui avait l&rsquo;air tr\u00e8s peu confortable. On nous m\u00e8ne dans la chambre de M. Delahante o\u00f9 on nous allume \u00e0 grand peine du feu pendant qu&rsquo;on nous pr\u00e9parait des lits. Apr\u00e8s une demi-heure d&rsquo;attente, nous allons, M<sup>lle<\/sup> Wisley se coucher au premier et nous deux au rez-de-chauss\u00e9e dans une grande chambre qui semblait n&rsquo;avoir jamais \u00e9t\u00e9 habit\u00e9e. \u00c0 trois heures et demie nous nous couchons dans un lit bien humide, mais nous \u00e9tions si fatigu\u00e9es et si <em>sleepy<\/em> que nous nous endormons bient\u00f4t. Le mardi matin, \u00e0 neuf heures, la servante vient nous r\u00e9veiller\u202f; comme nous devions passer pour des Anglaises nous lui parlons un jargon anglo-fran\u00e7ais, mais il para\u00eet que notre accent \u00e9tait assez \u00e9trange, car la servante alla dire \u00e0 sa ma\u00eetresse \u00ab\u202fah, Madame, on voit bien que ce sont des Anglaises ; elles parlent un gascon\u202f\u00bb. Nous nous habillons et \u00e0 dix heures et demie nous descendons pour d\u00e9jeuner. Nous trouvons en bas Mme Delahante qui nous accueille avec une bont\u00e9 et une affection touchante. Nous avons eu pendant ces jours d&rsquo;\u00e9preuves des moments de consolation bien vraie, en trouvant chez des personnes que nous connaissions \u00e0 peine, une sympathie qui faisait du bien \u00e0 nos c\u0153urs si profond\u00e9ment tristes.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter\"><a href=\"https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/gare-creil-300x217.jpg\" class=\"lightbox\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"300\" height=\"217\" src=\"https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/gare-creil-300x217.jpg\" alt=\"Baldus Edouard (1813-1889) Vue de la gare de Creil, photographie, 19e  \u00a9 RMN-Grand Palais (domaine de Compi\u00e8gne)\" class=\"wp-image-8997\" title=\"Baldus Edouard (1813-1889) Vue de la gare de Creil, photographie, 19e  \u00a9 RMN-Grand Palais (domaine de Compi\u00e8gne)\" srcset=\"https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/gare-creil-300x217.jpg 300w, https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/gare-creil.jpg 475w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 midi, Mme Delahante, M<sup>lle<\/sup> Wisley et nous deux montons en voiture pour nous rendre \u00e0 Creil (station du chemin de fer du Nord qui est \u00e0 deux lieues de Senlis). Arriv\u00e9es \u00e0 Creil, nous entrons dans le salon d&rsquo;attente, nom trop pompeux pour la petite pi\u00e8ce fort sale qui en tenait lieu. Les troupes en garnison \u00e0 Creil remplissaient le salon de 1<sup>re<\/sup> classe; tous les voyageurs \u00e9taient r\u00e9unis dans la m\u00eame pi\u00e8ce ; quand m\u00eame il n&rsquo;y aurait pas eu l\u00e0 de soldats, ne fallait-il pas aux premiers jours du r\u00e9gime r\u00e9publicain cette touchante fraternit\u00e9 qui voudrait abolir toute distinction, d\u00e9truire le rang, la fortune et \u00e9tablir une \u00e9galit\u00e9 compl\u00e8te entre le riche et le pauvre, le savant et l&rsquo;ignorant, le philanthrope et le for\u00e7at\u202f? Nous attendons une heure dans cette salle qui contenait, except\u00e9 nous, seulement des personnes de la classe la plus inf\u00e9rieure\u202f: des femmes du peuple, des enfants fort d\u00e9guenill\u00e9s, quelques soldats qui fumaient leurs pipes en occupant tour \u00e0 tour la seule chaise qui se trouv\u00e2t dans la chambre, des paysans et un homme tr\u00e8s laid, tr\u00e8s sale et tr\u00e8s bavard, qui faisait de grands discours sur Louis Philippe, Guizot et la R\u00e9publique et disait qu&rsquo;ils \u00e9taient bien b\u00eates de croire que leur R\u00e9publique pourrait marcher en France, qu&rsquo;il fallait un Roi. Une heure c&rsquo;\u00e9tait bien long en pareille soci\u00e9t\u00e9, oblig\u00e9es de rester debout, d&rsquo;\u00e9couter tous les discours et de supporter l&rsquo;odeur du charbon et des pipes qui se combinait agr\u00e9ablement. Enfin nous sommes sorties pour nous asseoir dehors, malgr\u00e9 le vent tr\u00e8s froid ; tout valait mieux que le salon d&rsquo;attente. \u00c0 deux heures et demie le train arrive enfin. C&rsquo;\u00e9tait le premier qui part\u00eet depuis que les insurg\u00e9s devenus nos ma\u00eetres avaient coup\u00e9 les rails et br\u00fbl\u00e9 le pont d&rsquo;Asni\u00e8res. Nous nous d\u00e9p\u00eachons de chercher des places, nous en trouvons trois dans une voiture\u202f; il nous en fallait quatre. En nous retournant, nous apercevons M. Plichon qui partait pour le Nord ; il fait descendre le duc de Liancourt qui a la bont\u00e9 de nous donner sa place et se pr\u00e9pare \u00e0 nous faire des questions fort g\u00eanantes, ou \u00e0 nous dire des choses trop amicales pour l&rsquo;endroit. M<sup>lle<\/sup> Wisley, qui veut couper court, lui dit : \u00ab Well, we are going to Boulogne and how do you do ? \u00bb Il r\u00e9pond sans h\u00e9siter\u202f: \u00ab\u202fVery well thank you\u202f\u00bb, ce qui nous fait supposer qu&rsquo;il sait l&rsquo;anglais.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous montons en voiture et nous parvenons \u00e0 rendre au duc de Liancourt sa place. Il y avait dans le wagon avec nous deux jeunes filles qui paraissaient anglaises, un jeune homme tr\u00e8s malade et une dame \u00e2g\u00e9e, le tout <em>of the same party<\/em>. \u00c0 Liancourt le duc nous quitte et nous restons dans le plus complet silence. Nous \u00e9tions toutes trois peu dispos\u00e9es \u00e0 parler et ne voulant pas parler anglais devant des personnes qui auraient tout de suite reconnu notre mauvais accent, nous aimions mieux nous taire. Nous arrivons \u00e0 Amiens \u00e0 cinq heures et demie, par un temps affreux. L\u00e0, nous retrouvons M. Plichon qui nous dit qu&rsquo;au lieu de prendre l\u00e0 l&#8217;embranchement pour Lille comme il en avait l&rsquo;intention, il nous accompagnera jusqu&rsquo;\u00e0 Boulogne. Nous refusons d&rsquo;abord mais l&rsquo;offre \u00e9tait faite avec tant de simplicit\u00e9 et d&rsquo;amiti\u00e9 qu&rsquo;il n&rsquo;y avait pas moyen de ne pas l&rsquo;accepter et M. Plichon envoie son domestique \u00e0 son fr\u00e8re, \u00e0 Bailleul, pour lui dire de ne pas l&rsquo;attendre avant quelques jours et vient avec nous \u00e0 un h\u00f4tel o\u00f9 nous devions d\u00eener et attendre le d\u00e9part du train pour Boulogne qui ne devait avoir lieu qu&rsquo;\u00e0 minuit. Nous mangeons l\u00e0 un tr\u00e8s mauvais d\u00eener, au grand d\u00e9sespoir de M. Plichon qui ne pouvait pas se consoler de nous voir d\u00eener avec du b\u0153uf sous la forme d&rsquo;un civet de li\u00e8vre et autres mets de ce genre. Le soir nous avons l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;aller voir la cath\u00e9drale qui a une grande r\u00e9putation, mais la pluie nous en emp\u00eache et nous restons \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel de France. \u00c0 dix heures, M. Plichon s&rsquo;avise de vouloir nous faire prendre du th\u00e9 ; nous en demandons \u00e0 un domestique qui nous r\u00e9pond avec autant de confiance que si le th\u00e9 de caravane avait \u00e9t\u00e9 \u00e0 sa disposition et finit par nous apporter deux esp\u00e8ces de th\u00e9 qui avaient tr\u00e8s mauvaise fa\u00e7on et plus mauvais go\u00fbt encore, car selon l&rsquo;expression de M. Plichon, il ressemblait bien plus \u00e0 un vermifuge qu&rsquo;\u00e0 du th\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 onze heures et demie nous nous rendons \u00e0 la gare, apr\u00e8s une lutte \u00e9nergique entre M. Plichon et Tissot (le domestique de M. Delahante) ; tous deux voulaient payer le d\u00eener. Tissot se d\u00e9fend si vigoureusement avec cette phrase \u00ab\u202fMonsieur, en fait d&rsquo;ordres, je ne connais que ceux de M. Delahante\u202f\u00bb que M. Plichon est oblig\u00e9 de c\u00e9der et de reconna\u00eetre que Tissot est le seul homme plus ent\u00eat\u00e9 que lui qu&rsquo;il ait encore rencontr\u00e9. Nous attendons assez longtemps \u00e0 la gare ; enfin \u00e0 minuit et demie nous montons en chemin de fer et nous nous emparons pour nous cinq d&rsquo;une voiture destin\u00e9e \u00e0 contenir huit personnes. Par toutes sortes de ruses, nous continuons \u00e0 en \u00eatre les seuls possesseurs jusqu&rsquo;\u00e0 Abbeville et nous faisons cette partie de la route, M<sup>lle<\/sup> Wisley, Henriette et moi, tr\u00e8s confortablement \u00e9tendues. \u00c0 Abbeville, deux messieurs viennent nous d\u00e9ranger. \u00c0 trois heures du matin nous arrivons \u00e0 Neufchatel ; l\u00e0 le chemin de fer s&rsquo;arr\u00eatait et il fallait monter dans des petits omnibus qui transportaient les voyageurs \u00e0 Boulogne. Nous nous pr\u00e9cipitons vers ces petits v\u00e9hicules fort incommodes ; nous r\u00e9ussissons \u00e0 entrer dans l&rsquo;un d&rsquo;eux, o\u00f9 s&rsquo;entassent bient\u00f4t infiniment plus de gens qu&rsquo;il ne devait r\u00e9guli\u00e8rement en entrer. La soci\u00e9t\u00e9 \u00e9tait peu choisie ; entre autres, Henriette avait \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;elle, un gros Anglais, pas du tout gentleman, qui avait bu certainement beaucoup de gin ou de whisky et qui tenait particuli\u00e8rement \u00e0 savoir o\u00f9 nous allions, d&rsquo;o\u00f9 nous venions.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter\"><a href=\"https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/port-boulogne-300x221.jpg\" class=\"lightbox\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"300\" height=\"221\" src=\"https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/port-boulogne-300x221.jpg\" alt=\"F.NASH , grav\u00e9 par Salath\u00e9. Aquatinte vers 1840. BOULOGNE Sortie du port. \" class=\"wp-image-8998\" title=\"F.NASH , grav\u00e9 par Salath\u00e9. Aquatinte vers 1840. BOULOGNE Sortie du port. \" srcset=\"https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/port-boulogne-300x221.jpg 300w, https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/port-boulogne.jpg 700w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter\"><a href=\"https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/packetboat-300x213.jpg\" class=\"lightbox\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"300\" height=\"213\" src=\"https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/packetboat-300x213.jpg\" alt=\"Paquebot Douvres 1848\" class=\"wp-image-7575\" title=\"Paquebot Douvres 1848\" srcset=\"https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/packetboat-300x213.jpg 300w, https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/packetboat.jpg 707w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s deux heures de route fort d\u00e9sagr\u00e9able, nous entrons dans Boulogne. On nous dit que le premier paquebot part \u00e0 six heures et demie ; il \u00e9tait cinq heures et demie. Il n&rsquo;y avait pas de temps \u00e0 perdre. Nous partons du lieu o\u00f9 s&rsquo;arr\u00eatent les omnibus par une pluie battante. Au commencement de mars (c&rsquo;\u00e9tait le 1<sup>er<\/sup> mars) il ne fait pas encore jour \u00e0 cinq heures et demie et nous nous dirigeons vers le bureau de police o\u00f9 on nous donne un permis d&#8217;embarquer. La pluie nous fouettait dans la figure, le vent fermait le seul parapluie que nous eussions \u00e0 nous cinq, il faisait tr\u00e8s froid et tout contribuait \u00e0 nous arr\u00eater dans notre marche et \u00e0 rendre cette course tr\u00e8s p\u00e9nible. M. Plichon me donne pour m&rsquo;envelopper son grand burnous blanc ; Henriette met le ch\u00e2le de tartan que nous avait donn\u00e9 M. A. Delahante et ainsi garanties, nous continuons notre promenade. A six heures pass\u00e9es, nous arrivons au bureau ; on revoit notre passeport et on nous donne notre permis d&#8217;embarquer. Puis vient un monsieur qui se dit Commissaire de la R\u00e9publique \u00e0 Londres ; M. Plichon pr\u00e9sente son passeport, mais on lui dit qu&rsquo;il n&rsquo;est que pour l&rsquo;int\u00e9rieur et qu&rsquo;on ne peut pas lui donner de permis. Ceci nous contrarie fort, M. Plichon voulant absolument venir avec nous jusqu&rsquo;\u00e0 Londres. Que faire ? Nous faisons donner \u00e0 Tissot un permis d&#8217;embarquer, son passeport pour l&rsquo;Angleterre le permettait et nous sortons du bureau pour aller au paquebot. En chemin M. Plichon et Tissot changent de passeports, ce dernier ne devant pas nous accompagner en Angleterre n&rsquo;avait nul besoin du permis d&#8217;embarquer et nous montons sur le paquebot Malle qu&rsquo;on nous dit partir dans un quart d&rsquo;heure. Nous nous y installons bien commod\u00e9ment, avec l&rsquo;esp\u00e9rance de nous endormir avant le d\u00e9part du paquebot. Nous commencions \u00e0 dormir quand on nous r\u00e9veille brusquement pour nous dire que le paquebot ne partira pas avant une ou deux heures et qu&rsquo;il faut nous d\u00e9p\u00eacher de monter sur un autre vaisseau qui va passer. Nous partons pr\u00e9cipitamment, accompagn\u00e9s par le Commissaire de la R\u00e9publique qui \u00e9tait fort m\u00e9content de ce changement et se plaignait beaucoup d&rsquo;\u00eatre oblig\u00e9 de courir par cet affreux temps. Le fait est qu&rsquo;il faisait bien mauvais. Nous avions les pieds mouill\u00e9s et nous \u00e9tions tr\u00e8s peu satisfaits de ce changement. \u00c0 peine avions nous le temps de monter sur le paquebot qui partait, on nous jette nos deux sacs de nuit et nous entrons dans la cabine des femmes, pour avoir pendant trois heures le mal de mer le plus complet ; la mer \u00e9tait tr\u00e8s mauvaise et pour notre premier passage, c&rsquo;\u00e9tait un peu dur. Notre pauvre amie M<sup>lle<\/sup> Wisley avait de v\u00e9ritables attaques de nerfs, tant elle souffrait et les g\u00e9missements des femmes qui nous entouraient ne faisaient qu&rsquo;ajouter au d\u00e9sagr\u00e9ment de notre propre souffrance. J&rsquo;\u00e9tais bien malade, mais cependant je ne comprends pas qu&rsquo;on dise que si on vous proposait de vous jeter par-dessus le pont, on n&rsquo;y ferait aucune objection. Je suis parfaitement s\u00fbre que j&rsquo;y aurais fait toutes sortes d&rsquo;objection et je trouvais bien la force de me soulever pour regarder comment \u00e9taient M<sup>lle<\/sup> Wisley et Henriette. Pourtant j&rsquo;ai beaucoup souffert et, en sortant du paquebot, j&rsquo;\u00e9tais bien \u00e9puis\u00e9e et bien p\u00e2le en me regardant dans le petit miroir qui se trouve dans la cabine, probablement pour donner aux femmes le plaisir de se trouver beaucoup plus laides que de coutume. Je me suis vue tr\u00e8s laide et tr\u00e8s chang\u00e9e ; aussi me suis-je permis, m\u00eame au milieu de ma fatigue, de me moquer de M. Plichon qui disait et r\u00e9p\u00e9tait sans cesse \u00ab Pauvres anges ! \u00bb J&rsquo;esp\u00e9rais et esp\u00e8re encore que les anges sont beaucoup plus jolis que nous l\u2019\u00e9tions alors.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter\"><a href=\"https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/train-dover-londres-300x206.jpg\" class=\"lightbox\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"300\" height=\"206\" src=\"https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/train-dover-londres-300x206.jpg\" alt=\"Train \u00e0 Douvres\" class=\"wp-image-7577\" title=\"Train \u00e0 Douvres\" srcset=\"https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/train-dover-londres-300x206.jpg 300w, https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/train-dover-londres-1024x703.jpg 1024w, https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/train-dover-londres.jpg 1359w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous nous rendons en <em>cab<\/em> au <em>Royal George&rsquo;s Hotel<\/em>, laissant aux soins d&rsquo;un jeune commis de la douane, extr\u00eamement poli, nos modestes sacs de nuit qui ne contenaient certes pas de contrebande. Une fois \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel, nous avons commenc\u00e9 \u00e0 nous remettre et nous avons pu faire compl\u00e8tement notre toilette \u00e0 notre grande satisfaction, car nous \u00e9tions peu pr\u00e9sentables apr\u00e8s ce voyage. Nous d\u00e9jeunons ou plut\u00f4t le reste de la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9jeune sans moi ; j\u2019\u00e9tais encore trop souffrante. Nous nous reposons et \u00e0 deux heures nous quittons le <em>Royal George<\/em>, disant notre nom au ma\u00eetre, afin que mon p\u00e8re s\u00fbt d\u00e8s qu&rsquo;il arriverait, que nous \u00e9tions en Angleterre. Toujours point de nouvelles de lui . Dieu seul sait ce qu&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 tous ces jours d&rsquo;angoisse ! Nous partons par le train de deux heures pour Londres. \u00c0 la gare de Folkestone nous avions \u00e9t\u00e9 salu\u00e9s par un vigoureux \u00ab hurra \u00bb du ma\u00eetre du <em>Royal George<\/em>, qui avait voulu nous dire adieu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous arrivons \u00e0 London Bridge, d\u00e9barcad\u00e8re du chemin de fer. Nous trouvons l\u00e0 un employ\u00e9 du chemin de fer qui nous dit qu&rsquo;on n&rsquo;a pas encore de nouvelles du Roi ni de mon p\u00e8re et nous donne les nouvelles. Le ma\u00eetre du <em>Royal George<\/em> avait dit notre nom \u00e0 Folkestone ; aussi avons-nous \u00e9t\u00e9 trait\u00e9es pendant la route, avec toutes sortes d&rsquo;\u00e9gards. Nous prenons un <em>cab<\/em> et nous partons pour venir \u00e0 Bryanstone Square, chez M. Broadwood, auquel M<sup>lle<\/sup> Wisley avait \u00e9crit pour le prier de nous retenir un appartement. Nous traversons tout Londres par la pluie et le brouillard ; il faisait nuit (il \u00e9tait sept heures) et nous trouvons cette ville immense, mais bien triste et sombre. \u00c0 Bryanstone Square on nous dit que M. Broadwood est en \u00c9cosse. Grand d\u00e9sappointement. Nous avions compt\u00e9 sur lui. M. Plichon nous indique un petit h\u00f4tel qu&rsquo;il connaissait dans Manchester Street. Nous y allons et nous y trouvons \u00e0 grand peine un appartement. C&rsquo;\u00e9tait aussi laid et aussi froid que possible. On nous donne un d\u00eener tout ce qu&rsquo;il y a de plus anglais, apr\u00e8s lequel M<sup>lle<\/sup> Wisley et M. Plichon sortent pour aller mettre chez M. Broadwood une lettre pour dire \u00e0 Guillaume, qui devait arriver \u00e0 Bryanstone Square, o\u00f9 nous \u00e9tions. Ils reviennent \u00e0 dix heures et nous trouvent toutes deux seules dans ce grand salon, bien tristes et fatigu\u00e9es. Jusque l\u00e0 j&rsquo;avais eu besoin de toute ma force et elle ne m&rsquo;avait pas manqu\u00e9, mais dans cette soir\u00e9e j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 plus abattue que je ne puis le dire. J&rsquo;avais un sentiment de complet isolement, d&rsquo;abandon et l&rsquo;appartement tr\u00e8s triste o\u00f9 nous \u00e9tions ne contribuait pas \u00e0 me ranimer. Nous nous couchons.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le lendemain matin 2 mars, apr\u00e8s le d\u00e9jeuner, nous voyons entrer M. Tom Broadwood, qui ayant reconnu chez son fr\u00e8re l&rsquo;\u00e9criture de M<sup>lle<\/sup> Wisley, venait nous voir. Nous lui disons que nous ne savons o\u00f9 nous loger, ni que devenir en attendant mon p\u00e8re. Il nous r\u00e9pond avec cette simplicit\u00e9 parfaite des Anglais : \u00ab Mais pourquoi ne venez-vous pas loger \u00e0 Bryanstone Square ? \u00bb. M<sup>lle<\/sup> Wisley accepte et nous lui disons que nous viendrons nous \u00e9tablir dans la journ\u00e9e. C&rsquo;\u00e9tait un bien grand repos que de sentir que nous avions un <em>home<\/em>. Nous voyons M. de Rabaudy{{26}}[[26]]M. de Rabaudy est le chancelier, c\u2019est-\u00e0-dire le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral, de l\u2019ambassade de France \u00e0 Londres. Il est d\u00e9j\u00e0 en poste quand Guizot devient ambassadeur. Apr\u00e8s la r\u00e9volution de 1848, il semble avoir \u00e9t\u00e9 mis en disponibilit\u00e9. En effet, en juillet 1849, Henry Reeve intervient aupr\u00e8s de Tocqueville ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res pour qu\u2019il soit r\u00e9int\u00e9gr\u00e9 dans la fonction publique.[[26]] et Lady Alice Peel{{27}}[[27]]Alice Kennedy, fille du douzi\u00e8me comte de Cassilis, n\u00e9e en 1805, est l\u2019\u00e9pouse de John Peel, fr\u00e8re cadet de l\u2019ancien Premier ministre. Elle est li\u00e9e depuis longtemps avec Doroth\u00e9e de Lieven et par l\u00e0 avec FG. [[27]], qui nous font du bien par leur amiti\u00e9. Il y avait eu la veille huit ans que M. de Rabaudy avait vu mon p\u00e8re arriver \u00e0 Londres comme ambassadeur ; on pouvait bien dire avec v\u00e9rit\u00e9 \u00ab Que les temps sont chang\u00e9s ! \u00bb Vers deux heures, nous quittons Ford&rsquo;s Hotel et nous allons faire quelques emplettes \u00e0 Londres. M. Plichon nous dit adieu et part pour retourner chez lui. Il a \u00e9t\u00e9 pour nous pendant ces jours l&rsquo;ami le meilleur et le plus d\u00e9vou\u00e9 et cela dans un moment o\u00f9 les preuves d&rsquo;affection nous \u00e9taient si pr\u00e9cieuses. Nous revenons \u00e0 Bryanston Square : toujours rien de mon p\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le lendemain nous voyons beaucoup de monde. Enfin le soir \u00e0 six heures, M. de Rabaudy arrive avec la nouvelle de l&rsquo;arriv\u00e9e de mon p\u00e8re \u00e0 Douvres ; elle \u00e9tait dans un journal anglais. Nous ne pouvions pas la croire. M. de Rabaudy nous dit qu&rsquo;il va au chemin de fer attendre l&rsquo;arriv\u00e9e du train. Combien j&rsquo;ai demand\u00e9 \u00e0 Dieu de nous soutenir si cela devait \u00eatre une fausse esp\u00e9rance. Un peu plus tard, viennent M. Libri et M. Panizzi{{28}}[[28]]Anthony Panizzi, n\u00e9 en 1787 pr\u00e8s de Mod\u00e8ne, ancien carbonaro install\u00e9 en Angleterre depuis 1822, est entr\u00e9 au British Museum, dont il dirige la biblioth\u00e8que, en 1831. Il joue \u00e9galement un r\u00f4le politique. [[28]] ; tous deux venaient de voir le journal et esp\u00e9raient bien que c&rsquo;\u00e9tait vrai. Nous osions \u00e0 peine nous laisser aller \u00e0 le croire et pourtant le coeur est si dispos\u00e9 \u00e0 croire ce qu&rsquo;il esp\u00e8re ! Nous nous mettons \u00e0 table, tous \u00e9coutant le moindre bruit. \u00c0 sept heures, une voiture s&rsquo;arr\u00eate devant la porte ; mon premier mouvement est de me lever et de dire \u00ab c&rsquo;est lui \u00bb. M<sup>lle<\/sup> Wisley, Henriette ne veulent pas me laisser regarder. On entend des pas dans l&rsquo;antichambre. On ouvre la porte. C&rsquo;\u00e9tait bien lui. Mon dieu, Toi seul sais ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 dans nos coeurs pendant ce moment de bonheur comme il y en a bien peu dans cette vie. Je ne peux rien dire l\u00e0-dessus ; je ne peux d\u00e9crire l&rsquo;instant o\u00f9 nous avons \u00e9t\u00e9 dans ses bras ; c&rsquo;est un souvenir qui est entr\u00e9 trop profond\u00e9ment dans mon \u00e2me pour que je le raconte. Mais, comme le disait mon p\u00e8re un moment apr\u00e8s \u00ab il y a de bien grandes compensations dans la vie, les plus grandes joies apr\u00e8s les plus grandes douleurs \u00bb. \u00ab Mon p\u00e8re, mon p\u00e8re \u00bb nous ne pouvions que dire et r\u00e9p\u00e9ter cela en le regardant. Il \u00e9tait bien p\u00e2le et bien fatigu\u00e9 ; il avait tant souffert ! Son voyage avait \u00e9t\u00e9, gr\u00e2ce \u00e0 Dieu, tr\u00e8s facile. Apr\u00e8s \u00eatre sorti le jeudi 24 du minist\u00e8re de l&rsquo;Int\u00e9rieur vers une heure, il avait \u00e9t\u00e9 cach\u00e9 par Mme Duch\u00e2tel{{29}}[[29]]Egl\u00e9 Paul\u00e9, fille du premier lit de la g\u00e9n\u00e9rale Jacqueminot, devenue Mme Duch\u00e2tel en 1839.[[29]] chez une porti\u00e8re de la rue Vanneau. Le soir, Mme de Mirbel{{30}}[[30]]Aim\u00e9e de Mirbel, n\u00e9e en 1796, miniaturiste de grand talent, \u00e9pouse de l&rsquo;illustre botaniste Charles Fran\u00e7ois de Mirbel. [[30]] \u00e9tait venue le chercher et l&rsquo;avait habill\u00e9 en femme pour l&#8217;emmener chez elle. L\u00e0, elle l&rsquo;a cach\u00e9 et soign\u00e9 avec une amiti\u00e9 infatigable jusqu&rsquo;au mercredi 1<sup>er<\/sup> mars, o\u00f9 il est parti avec un ami qui l&rsquo;a men\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 Bruxelles par le chemin de fer du Nord comme son valet de chambre. L\u00e0, mon p\u00e8re \u00e9tait hors de danger et \u00e0 Ostende, il a pris le bateau \u00e0 vapeur jusqu&rsquo;\u00e0 Douvres. Il n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 reconnu en route, quoiqu&rsquo;\u00e0 la gare du chemin de fer du Nord \u00e0 Paris, il ait attendu une heure et quart, le train qui devait partir \u00e0 sept heures n&rsquo;\u00e9tant parti qu&rsquo;\u00e0 huit heures et quart. Que de gr\u00e2ces nous avons \u00e0 rendre \u00e0 Dieu qu&rsquo;il ait ainsi \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 ses ennemis, je ne peux pas penser \u00e0 ces tristes journ\u00e9es sans crier du fond de mon coeur avec le psalmiste : \u00ab Mon \u00e2me, b\u00e9nis l&rsquo;Eternel et n&rsquo;oublie pas un seul de ses bienfaits \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&rsquo;est le vendredi 3 mars, \u00e0 sept heures du soir que mon p\u00e8re nous est arriv\u00e9. Le samedi 4, \u00e0 six heures et demie, nous \u00e9tions \u00e0 d\u00eener, quand notre fr\u00e8re est arriv\u00e9, sans que nous l&rsquo;attendissions du tout. Cher Guillaume ! Il ne manquait plus alors \u00e0 notre joie que notre m\u00e8re. Mais pour la revoir, il nous a fallu attendre encore quinze jours. C&rsquo;est le jeudi 17 qu&rsquo;elle est venue \u00e0 Londres avec M<sup>lle<\/sup> de Chabaud. Elle avait parfaitement support\u00e9 le voyage et \u00e9tait peu fatigu\u00e9e. Quel bonheur de la retrouver et que Dieu a \u00e9t\u00e9 bon de nous permettre de la revoir avant de la reprendre \u00e0 Lui. Son premier mot en embrassant mon p\u00e8re a \u00e9t\u00e9 \u00ab Maintenant je peux mourir en paix \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter\"><a href=\"https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/pelham-e1367331119441.jpg\" class=\"lightbox\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"298\" height=\"197\" src=\"https:\/\/www.guizot.com\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/pelham-e1367331119441.jpg\" alt=\"Pelham Crescent 1830\" class=\"wp-image-3897\" title=\"Pelham Crescent 1830\"\/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous avions lou\u00e9 une petite maison et le samedi 19 nous sommes venus nous installer \u00e0 Brompton o\u00f9 nous sommes encore. Ce jour-l\u00e0 nous avons eu le chagrin de nous s\u00e9parer de M<sup>lle<\/sup> Wisley que nous aimons tant et qui nous a \u00e9t\u00e9 si d\u00e9vou\u00e9e aux jours de l&rsquo;\u00e9preuve comme aux jours de la prosp\u00e9rit\u00e9. Il y a eu bien des sacrifices pendant ces semaines et je ne veux pas compter tous les regrets. La premi\u00e8re semaine que nous avons pass\u00e9e ici a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s calme ; notre bonne m\u00e8re se portait assez bien et quoiqu&rsquo;elle se trouv\u00e2t un peu seule dans ce pays \u00e9tranger, elle paraissait heureuse au milieu de nous. Cependant, \u00e0 la fin de la semaine, elle commen\u00e7a \u00e0 \u00eatre fatigu\u00e9e et \u00e0 tousser ; son rhume nous inqui\u00e9tait un peu. Mais le jeudi, comme elle \u00e9tait beaucoup mieux, nous \u00e9tions tr\u00e8s rassur\u00e9s. Le mardi matin, en s&rsquo;habillant, elle dit \u00e0 Henriette : \u00ab D\u00e9p\u00eache toi de m&rsquo;habiller, je suis fatigu\u00e9e, je veux m&rsquo;asseoir \u00bb. Elle descendit dans le salon. Henriette et moi \u00e9tions \u00e0 nous habiller quand M<sup>lle<\/sup> de Chabaud vient nous appeler, bonne-maman avait le frisson tr\u00e8s fort et \u00e9tait tr\u00e8s souffrante. Nous t\u00e2chons de la r\u00e9chauffer. La journ\u00e9e se passe. \u00c0 cinq heures le Dr. Holland que mon p\u00e8re avait envoy\u00e9 chercher arrive. Il trouve que ce n&rsquo;est pas tr\u00e8s grave, mais dit cependant qu&rsquo;il ne peut r\u00e9pondre de rien. La nuit M<sup>lle<\/sup> de Chabaud et Henriette veillent bonne-maman. Elle \u00e9tait plut\u00f4t un peu mieux. Le Dr. Holland vient le mercredi vers midi. Il ordonne quelques petits rem\u00e8des pendant la journ\u00e9e. Bonne-maman qui avait pris notre chambre, se l\u00e8ve un peu et s&rsquo;\u00e9tend sur le canap\u00e9. Elle n&rsquo;\u00e9tait pas plus mal. Dans la nuit du mercredi au jeudi, elle souffre assez de douleurs d&rsquo;estomac et d\u2019oppression. Nous \u00e9tions tr\u00e8s inquiets ; elle \u00e9tait agit\u00e9e et quoique tr\u00e8s patiente, ne se trouvait bien nulle part.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Miss Hallam{{31}}[[31]]Julia Hallam est la fille d\u2019Henry Hallam, historien anglais d\u2019opinion lib\u00e9rale dont FG avait publi\u00e9 en 1828 une traduction de l\u2019Histoire constitutionnelle d\u2019Angleterre et qui \u00e9tait devenu, \u00e0 l\u2019occasion de l\u2019ambassade de 1840 et surtout durant l\u2019exil de 1848-1849, un ami tr\u00e8s proche.[[31]] vient me chercher pour me promener le jeudi \u00e0 deux heures et nous allons voir Mme Austin{{32}}[[32]]Sarah Taylor, 1793-1867, \u00e9pouse de John Austin, traductrice c\u00e9l\u00e8bre. Elle v\u00e9cut en France de 1843 \u00e0 1848.[[32]] ; elle revient avec nous \u00e0 Brompton, toujours si bonne et si d\u00e9vou\u00e9e. \u00c0 quatre heures le Dr. Holland vient. Il trouve notre m\u00e8re plus mal et dit m\u00eame \u00e0 Mme Austin qu&rsquo;il n&rsquo;y a plus d&rsquo;espoir. Tant d&rsquo;angoisses et de chagrins avaient consum\u00e9 le peu de forces physiques qui restaient \u00e0 cette femme tellement \u00e9prouv\u00e9e. C&rsquo;\u00e9tait une lampe qui s&rsquo;\u00e9teignait doucement. La nuit du jeudi au vendredi a \u00e9t\u00e9 bien p\u00e9nible. Mon p\u00e8re et M<sup>lle<\/sup> de Chabaud ont veill\u00e9 tour \u00e0 tour. Bonne-maman souffrait d&rsquo;une agitation tr\u00e8s p\u00e9nible. Pendant la nuit, Mlle de Chabaud lui r\u00e9p\u00e9tait sans cesse quelque passage de la Bible ; elle lui lisait des psaumes, entre autres le psaume CXXI. Notre m\u00e8re trouvait l\u00e0 la force et la soumission et elle dit \u00e0 Mlle de Chabaud : \u00ab Je m&rsquo;en vais bien heureuse ; je sais en qui j&rsquo;ai cru. \u00bb Le vendredi, la vie s&rsquo;en allait rapidement ; mais elle souffrait tr\u00e8s peu et rien, rien au monde ne peut rendre l&rsquo;expression de joie et de paix de sa figure. Elle nous voyait encore \u00e0 deux heures ; elle appelait souvent Guillaume ; dans la vie, comme au moment de la mort, il \u00e9tait sa grande pr\u00e9occupation. Jusqu&rsquo;au dernier moment, elle a conserv\u00e9 toutes ses facult\u00e9s, mais \u00e0 quatre heures, elle ne voyait plus et n&rsquo;entendait presque pas, cependant au moment o\u00f9 M<sup>lle<\/sup> de Chabaud s&rsquo;est approch\u00e9e de son lit et lui a dit : \u00ab ch\u00e8re amie, vous me reconnaissez, n&rsquo;est-ce pas ? Le Seigneur J\u00e9sus est avec vous ? \u00bb. Elle a entrouvert ses yeux mourants et son regard disait plus que toutes les paroles. Il y avait dans ce regard d&rsquo;adieu une confiance et un bonheur indicibles ; il semblait pour ainsi dire qu&rsquo;elle vit d\u00e9j\u00e0 ce Sauveur qui lui tendait les bras. \u00c0 sept heures et demie elle s&rsquo;est endormie au Seigneur et son dernier soupir a \u00e9t\u00e9 si doux et si paisible que nous, qui \u00e9tions tout pr\u00e8s de son lit agenouill\u00e9s en silence et nous recueillant en pr\u00e9sence des anges de Dieu qui venaient emporter au Ciel l&rsquo;\u00e2me de notre bienheureuse m\u00e8re nous ne l&rsquo;avons pas entendu. Henriette qui lui tenait la main, a pu seule saisir ce dernier soupir qui n&rsquo;avait rien de p\u00e9nible ni de douloureux. L&rsquo;Esprit de Dieu \u00e9tait au milieu de nous, dans cette chambre de mort et quelque grande que fut l&rsquo;\u00e9preuve, quelque p\u00e9nible que fut la s\u00e9paration, nous pouvions dire du fond du coeur \u00ab Heureux sont d\u00e8s \u00e0 pr\u00e9sent les morts qui meurent au Seigneur. Oui, dit l&rsquo;Esprit, car ils se reposent de leurs travaux et leurs oeuvres les suivent. \u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u202fUn mois de 1848\u202f\u00bb Brompton, 6 ao\u00fbt 1848 J&rsquo;ai voulu ma ch\u00e8re s\u0153ur, \u00e9crire pour toi nos souvenirs de ces tristes journ\u00e9es que nous avons travers\u00e9es ensemble, du 22 f\u00e9vrier \u00e0 la fin de mars ; il y a eu dans ce mois de quoi remplir bien des ann\u00e9es et j&rsquo;ai pens\u00e9 que tu aimerais [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2195,"parent":5913,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","_seopress_robots_follow":"","_seopress_robots_imageindex":"","_seopress_robots_snippet":"","_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_robots_breadcrumbs":"","_seopress_robots_freeze_modified_date":"","_seopress_robots_custom_modified_date":"","_seopress_robots_canonical":"","_seopress_social_fb_title":"","_seopress_social_fb_desc":"","_seopress_social_fb_img":"","_seopress_social_fb_img_attachment_id":0,"_seopress_social_fb_img_width":0,"_seopress_social_fb_img_height":0,"_seopress_social_twitter_title":"","_seopress_social_twitter_desc":"","_seopress_social_twitter_img":"","_seopress_social_twitter_img_attachment_id":0,"_seopress_social_twitter_img_width":0,"_seopress_social_twitter_img_height":0,"_seopress_redirections_value":"","_seopress_redirections_enabled":"","_seopress_redirections_enabled_regex":"","_seopress_redirections_logged_status":"","_seopress_redirections_param":"","_seopress_redirections_type":0,"_seopress_analysis_target_kw":"","_monsterinsights_skip_tracking":false,"footnotes":""},"class_list":["post-5908","page","type-page","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","page_tags-222","page_tags-coste","page_tags-fuite-en-angleterre","page_tags-henriette","page_tags-pauline","page_tags-recit"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.guizot.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/5908","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.guizot.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.guizot.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.guizot.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.guizot.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5908"}],"version-history":[{"count":97,"href":"https:\/\/www.guizot.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/5908\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":11934,"href":"https:\/\/www.guizot.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/5908\/revisions\/11934"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.guizot.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/5913"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.guizot.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2195"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.guizot.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5908"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}