Pauline de Meulan

Anonyme. Portrait de Pauline et Henriette de Meulan. Pastel, fin 18e. Collection particulière. Cliché François Louchet.Au milieu de mars 1807, Guizot apprit en déjeunant avec Jean-Baptiste Suard, l’un des dirigeants du Publiciste, qu’une collaboratrice du journal, Pauline de Meulan, frappée par des malheurs domestiques, était hors d’état de rédiger. Il lui écrivit anonymement, proposant de se substituer à elle, qui ne vivait que de sa plume. Dix-huit articles parurent ainsi, à partir du 31 mars. Ils se rencontrèrent pour la première fois le 13 avril, ils se marièrent cinq ans plus tard au temple de l’Oratoire et à l’église de la Madeleine, car Pauline était d’origine catholique.

François Guizot disait d’elle qu’elle était, avec sa mère, « la personne à qui j’ai dû, de qui j’ai reçu le plus en ce monde. » Il est vrai que Mme Guizot n’avait que neuf ans de plus que sa bru.

Pauline de Meulan était née en 1773 dans une famille de l’aristocratie militaire et financière, libérale et déiste, où les hommes portaient le titre de comte. Son père Charles, conseiller du roi puis receveur général des Finances de Paris, avait épousé en 1762 Marguerite de Saint-Chamans, de plus haut parage, qui fréquentait Julie de Lespinasse, les Necker ou Condorcet. Pauline grandit ainsi sous les lumières du XVIIIe siècle. La Révolution et la mort de Charles de Meulan en 1790 plongèrent la comtesse et ses filles Pauline et Henriette dans la gêne. Pauline se tourna alors vers les lectures philosophiques et, avec les encouragements de l’académicien Jean-Baptiste Suard, commença en 1799 d’écrire pour pourvoir à ses besoins et à ceux de sa famille. Romancière, puis collaboratrice du Publiciste dès 1801, elle se fit rapidement connaître comme une femme de tête et d’esprit, fréquentant le meilleur monde issu de la tradition du XVIIIe siècle.D'après Maurice de VAINES (1815-1869), Portrait de François Guizot fils. Photographie. Collection particulière. Cliché François Louchet. Alors que ses frères Édouard et Théodore menaient de belles carrières l’un à la Cour des comptes l’autre dans l’armée, et que sa sœur Henriette épousait Jacques Dillon, un brillant ingénieur, Pauline demeurait seule. Il paraît certain qu’elle découvrit l’amour avec Guizot, un amour total et foudroyant pour un jeune homme aussi différent d’elle que possible. « On fait des critiques sur la supériorité d’âge de la dame, on dit qu’ils n’ont rien ni l’un ni l’autre, mais ils s’aiment », écrit un contemporain. De fait, ce mariage insolite plut autant qu’il intrigua. Ce fut, quinze ans durant, tendresse, passion, fusion. Elle : « Tout ce qu’il y a en moi de meilleur s’est assimilé à toi. » Lui : « Tu es demeurée la femme que tu étais par toi-même en confondant ton existence dans la mienne. » Les innombrables lettres de cette encre, Guizot les a toutes recopiées pour en faire un livret. Après la mort d’un fils à la naissance en 1813, il leur en vint un autre, François, en août 1815. Pauline fut associée à toutes les entreprises intellectuelles et politiques de son mari, lui apportant mieux qu’un soutien, et elle recevait ses amis avec chaleur. Elle-même écrivait des contes pour la jeunesse, dont Écolier, ou Raoul et Victor remporta un immense succès, et des ouvrages de pédagogie et de morale, dont des Lettres de famille sur l’éducation est le plus connu. Ses œuvres occupent quinze colonnes du catalogue des imprimés de la Bibliothèque nationale.

En 1826, Pauline donna les premiers signes de la tuberculose. Le 1er août 1827, elle entra en agonie, tandis que son mari lui lisait le sermon de Bossuet sur l’immortalité de l’âme : Nous nous sommes séparés aussi tard qu’il se peut ; elle a vécu aussi avant dans le tombeau, je l’y ai accompagnée aussi loin qu’il peut nous être donné. » Se déclarant inconsolable, il commença même avec Pauline une correspondance posthume. C’est de la famille de Meulan, à laquelle il était très attaché, qu’il devait bientôt trouver non pas l’oubli, mais la consolation.